Tou Bichvat signifie “15 du mois de Chevat“, en effet “Tou” est composé des lettres “tet”, dont la valeur numérique est 9 et “vav”, dont la valeur numérique est 6 : 9 + 6 = 15.

“L’homme est fou. Il adore un D.ieu invisible et détruit une nature visible, inconscient que la nature qu’il détruit est le D.ieu qu’il vénère” : Hubert Reeves.

Voyons ce que nous dit la Torah.

La Bible et les textes juifs offrent quelques perspectives intéressantes et même étonnamment modernes sur notre rapport à la nature et à l’écologie.

A priori on pourrait penser que les préoccupations écologiques sont assez éloignées des textes bibliques puisque la Bible a la réputation d’avoir muselé durablement l’appel de la nature et le D.ieu absolument transcendant dont elle nous parle est différent des divinités grecques ou égyptiennes.

Un D.ieu saint ce qui signifie qu’il est séparé du monde et que le monde matériel n’est pas tellement son affaire.

A croire que la Bible et les hébreux seraient presque responsables du désintérêt ultérieur pour la nature si ancré en Occident.

Il n’en est rien; regardons cela de plus près.

 

1. Les terres en friche

La Chemita, l’année de rémission

“Six années tu ensemenceras ton champ, tu travailleras ta vigne et tu en amasseras le produit, et la septième année, une cessation absolue sera pour l’Eternel”.

La chemita a pour principe de laisser la terre d’Israël en friche pendant la septième année. Aucun fruit, ni légume provenant de la terre d’Israël ne peut être consommé tout au long de l’année de la chemita.

C’est un principe écologique essentiel puisqu’il laisse reposer le sol qui s’épuiserait autrement, deviendrait plus vulnérable à l’érosion et se dégraderait durablement avec des conséquences désastreuses pour les hommes qui en vivent.

Et c’est aussi, en l’espèce, un principe social puisque le produit spontané de la terre était abandonné aux pauvres, aux étrangers, aux esclaves.

 

2. Ne détruis pas

“Garde toi donc d’endommager ou de détruire mon monde car si tu l’endommages il n’y aura personne pour le réparer après toi”. D.ieu qui s’adresse à Adam, le 1er être humain. Cette recommandation ne date donc pas d’hier. La Bible, la Genèse place l’homme au sommet de la création, et cette place, cette responsabilité oblige. Donc être pieux c’est avoir conscience de son rôle dans l’histoire.

De cette injonction divine découle un principe rabbinique “Bal tach h’it” , “Ne gâche pas, ne détruit pas”. Le Talmud dérive alors un principe qui s’applique à toute destruction inutile, à tout gâchis. Par exemple pour l’huile dont on se sert pour s’éclairer (l’équivalent de l’électricité aujourd’hui), jusqu’aux vêtements en passant par la nourriture.

L’économie circulaire était déjà annoncée.

 

3. Le respect animal

Respecter la terre, ne pas la détruire ou gâcher les ressources : nous avons là deux grands principes, mais ils ne seraient rien si la loi juive n’avait pas mis en place également des règles de respect du monde animal et de la nature pour eux mêmes.

“Faire souffrir gratuitement un être doué de vie est un pêché”.

Il est assez clair que dans la Bible les premiers hommes étaient végétariens et manger de la viande ne devient permis qu’après le déluge; une concession faite au besoin de sang, de destruction, à la cruauté humaine.

Les règles de l’abattage rituel sont très claires : interdiction formelle de faire souffrir les bêtes, tout est mis en oeuvre pour cela, et ce, malgré toutes les bêtises et contre vérités qu’on entend sur le sujet.

Plusieurs principes bibliques, comme l’interdiction de faire peser de trop lourds fardeaux aux animaux ou celle de prendre un nid d’oiseaux et leur mère en même temps, mettent en avant cette attention toute particulière, une certaine bienveillance, portée au monde animal.

 

4. Les fêtes juives : des solennités agricoles et écologiques

Le calendrier compte plusieurs fêtes liées aux impératifs écologiques, telles que le Nouvel an des arbres (Tou Bichvat) et les trois fêtes de pèlerinage (Pessah, Chavouot, Souccot), où l’on se rendait au Temple, sont marquées d’un fort caractère agricole et écologique.

On prie pour la pluie à Souccot, pour la rosée à Pessah et pour de bonnes récoltes tous les jours.

Tous les rites de Souccot (cabanes, loulav,..) enseignent à l’homme qu’il est certes à la tête de la création mais pour l’embellir et lui donner sens pas pour s’en séparer ou pour la détruire.

Ainsi comme nous l’avons vu, notre tradition a pris en compte très tôt, dès la création du monde, et de façon permanente par la suite par une série de mesures très concrètes, les préoccupations écologiques; l’obsession de faire attention au vivant, de prendre soin de notre planète et d’être conscient de notre responsabilité envers les générations futures qui nous oblige.