Souccot

Les quatre espèces réunies dans la l’humilité et la joie.
 
Deux symboles marquent la fête de Souccot:
La cabane (le nom de la fête) et le loulav.
 
Le Loulav : quatre espèces de plantes, toutes différentes, l’une avec du goût et de la senteur, l’autre sans rien, ni saveur, ni odeur, puis l’une avec du goût mais sans odeur et la dernière sans goût mais avec une senteur.
Quatre plantes qui viennent nous rappeler quatre types de juifs différents. Celui qui étudie et qui observe les mitsvot, celui qui ne fait rien, et encore celui qui étudie mais ne pratique pas ou bien encore celui qui pratique les mitsvot mais qui n’étudie pas.
Dans notre tradition on adore les catégories, souvent classifiées, réparties en quatre.
À Pessah nous connaissons les quatre types d’enfants, le sage, le rebelle, le simple et celui qui ne sait même pas questionner.
Le président le d’état d’Israël, Reouven Rivlin nous parlait de quatre tribus pour analyser la société israélienne, les laïcs, le religieux sionistes (kippa tricotée), les ultra-orthodoxes, et les arabes.
Il s’agit donc à chaque fois de faire ce même constat: le peuple juif, d’Israël est divers, multiple, pluriel.
 
Et à chaque fois la même question: que faire de ce constat?
 
À Pessah, le message est clair, il s’agit de s’adresser à chaque enfant différemment. Prendre en compte sa spécificité. La pédagogie différenciée. Ce n’est pas à l’élève de s’adapter à un enseignement uniforme, monolithique, mais au professeur, à l’enseignant, au pédagogue, à la mère ou au père de famille de s’adapter, de se mettre au niveau son enfant, de son élève. Sur sa longueur d’onde. Chaque enfant possède en lui un potentiel infini, il appartient au maître de le révéler, de le faire éclore.
 
A Souccot, le message est tout aussi clair.
Il s’agit de réunir ces différentes espèces en un même bouquet et de le tenir dans la même main. Puis de l’agiter dans toutes les directions.
Nous sommes tous bien différents. Mais plutôt que de se critiquer les uns les autres, nous devons nous unir et alors nous pouvons agir dans tous les sens que nous souhaitons. Cela fonctionnera.
A contrario lorsque nous sommes divisés, lorsque nous passons notre temps à nous moquer des autres juifs qui sont différents de nous, nous sommes fragilisés en temps que peuple, que nation. Notre action collective devient impossible, illisible.
 
Quand les quatre tribus d’Israël de Reouven Rivlin se disputent, moquant ou tournant en dérision tour à tour, papillotes, habits rituels, tatouages, piercing, investissement professionnel, pratiques rituelles, engagement militaire ou actions politiques, alors le pays dysfonctionne.
 
Le message est donc bien explicite à Souccot : soyons unis malgré nos différences.
Et Souccot rajoute dans l’humilité et la joie.
En effet rien de plus simple, de plus spartiate qu’une cabane pour manger et même pour certains d’y dormir. Le niveau de simplicité le plus basique, le plus élémentaire. Un retour aux sources. A une certaine authenticité.
On pourrait avoir tendance à se sentir fort, orgueilleux à la sortie des fêtes de Roch Hachana et Kippour, lavés de nos fautes. Et bien une petite semaine en cabane pour nous remettre les idées en place.
 
Et la joie? Que vient elle faire dans cette histoire?
Souccot, nous disent nos Sages, est la fête de la joie par excellence. La joie pure, désintéressée.
Pourquoi?
Si nous savons être unis, malgré nos différences, et rester humbles, c’est à dire bien souvent, savoir faire de la place à l’autre, alors nous sommes au comble, au sommet de la joie. Et cette joie intense n’est pas du tout liée à un certain confort matérialiste (un hôtel 5 étoiles dans les îles sirotant un cocktail, ou une croisière sur un yacht privé de 50m), non au contraire la leçon est de savoir se contenter de ce que nous avons et de savoir s’en réjouir. Surtout lorsque nous sommes ensemble, unis et que nous savons faire de la place à l’autre.
Et là, la vraie joie, la pure, l’ultime s’invite dans la cabane et nous envahit.