Pourquoi on fait ça ?
Mais doit on se poser cette question à chaque fois qu’on fait quelque chose ?
Avant de la faire ?

Que dit notre tradition ?
Le fameux, le célèbre « Naassé vénichma », que l’on peut traduire par « faire et comprendre », ou « fais et tu comprendras » qui est assez différent. Il apparaît ici la notion de faire, d’agir, d’être dans le monde de l’action et la notion de réflexion, de la pensée, une certaine intellectualisation du monde.

Alors la Bible nous dit au moment du don de la Torah, et qu’on rappelle volontiers à la fête de Chavouot « vous ferez et vous comprendrez ».

Ceci nous choque un peu, ce n’est pas trop compatible avec notre pensée contemporaine, plutôt cartésienne, où il nous semble plutôt logique, intelligent, construit de comprendre puis de faire, de réfléchir puis d’agir.

Regardons cela de plus près.

Pour mieux cerner ce « Naassé vénichma », observons comment nous mettons les téfilines le matin, cela va nous aider à mieux comprendre cette injonction.

Comme vous le savez les hommes, les garçons de plus de 13 ans, après leur Bar Mitsva, mettent les téfilines tous les matins au moment de faire leur prière.
Il y a deux téfilines (on dit souvent une paire de téfilines), l’un qu’on pose au bras, à la main et l’autre qu’on met sur la tête.
Le bras, la main représente l’action et la tête représente la pensée, la réflexion.
Comment les met-on ? D’abord l’un, puis ensuite l’autre ?
Non, on procède de la façon suivante : on commence par le bras, on fait sept tours, puis on s’interrompt, on pose les téfilines sur la tête, puis on finit par enrouler de la lanière de cuir la main.
Ceci pour montrer qu’il s’agit d’un mouvement, d’un cercle vertueux. On commence par l’action, on s’arrête, puis on réfléchit, on passe à la tête, et on reprend son action. Comme un ballet, une série à répétition, on fait, on réfléchit, puis on fait et ainsi de suite tout au long de sa journée, de sa vie.

Déjà deux messages :
Chaque individu doit agir et réfléchir. Il n’y a pas d’un côté les faiseurs, les manuels, les hommes d’action et de l’autre les intellectuels, les penseurs, les rêveurs. En chaque homme résident ces deux caractéristiques et il s’agit de les allier, des les combiner.
Le mode d’emploi est le suivant : on ne doit pas d’abord agir puis ensuite réfléchir, ou bien le contraire. Non, on doit alterner action et réflexion en permanence, il s’agit d’une boucle vertueuse, d’une danse, d’un mouvement continu, répétitif, alterné.

Et alors la dernière question. Ok une boucle, alors on commence par quoi ?
Et notre tradition répond : par l’action, par les téfilines du bras. Puis ensuite tout s’enchaîne très vite et de façon répétitive. Ainsi l’action et la réflexion se nourrissent l’une de l’autre pour produire à la finale un résultat concret et qui a du sens.