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Pessah

 

Vous trouverez sur ce blog de nombreux articles sur les fêtes juives et notamment sur Pessah, cette fête si centrale dans notre tradition. Je vous engage à revisiter les 10 textes de l’an passé.

La fête de la liberté, de la libération, mais aussi et surtout la fête des questions, des interrogations, du dialogue.

Et pour plaire à Moadon, les enfants sont au centre de la fête. Tout démarre avec eux, avec leur curiosité aiguisée et cette obsession tout au long de la fête de transmission.

« Tu raconteras à tes enfants ».

 

Alors cette année voici huit clins d’œil pour aiguiser votre curiosité et vous inciter à chercher des éléments de réponse afin de vous préparer au mieux pour ces soirées du seder.

 

1)A Pessah nous mangeons de la matsa et chassons le pain, le hametz de nos maisons.

Comment fabrique-t-on du pain ? Avec de la farine et de l’eau. Et comment fabrique-t-on de la matsa ? Avec de la farine et de l’eau !

Alors en quoi est-ce si différent ?

Pour la matsa on ne la laisse pas gonfler. C’est tout.

À Pessah on se débarrasse de ce qui gonfle, de ce qui fermente. On oublie nos certitudes, notre arrogance et on tend vers la simplicité, l’humilité.

Remarquons qu’en hébreu les mots Hametz et Matsa s’écrivent avec presque les mêmes lettres dans le désordre. Un « Mem », un « Zayin » et pour hametz un « Het » alors que pour matsa un « Hé » vient compléter le mot.

Ces deux lettres se ressemblent. Mais le « Het » est totalement fermé, alors que sur le « Hé » il y a une petite ouverture en haut à gauche.

Voici l’une des symboliques de Pessah, cette ouverture, ce souffle, un air nouveau qui circule. Alors qu’avant Pessah, avant la sortie d’Egypte, tout est fermé, sans issue, on tourne en rond, comme dans cette lettre « Het ».

 

2)Deux chiffres dominent la soirée du Seder : le 4 et le 15

Le 15 est synonyme de cheminement, d’étapes, à la fois physique (à l’instar des 15 marches qui séparaient deux niveaux dans le Temple) et à la fois spirituel (cf les champs d’élévation).

Et le chiffre 4 est omniprésent : 4 verres de vin, 4 façons d’être délivrés, les 4 fils, les 4 questions de Manichtana,….

Quatre c’est la lettre « Dalet », et c’est Delet, une porte en hébreu, qui symbolise ce chiffre.

Pessah c’est l’ouverture, ce sont les portes au-dessus desquelles D.ieu a sauté pour épargner les hébreux de la mort des premiers nés. Pessah c’est une porte ouverte vers un nouveau monde, c’est une promesse.

 

3)Dans le Petit Prince de St Exupéry on lit « Dessine-moi un mouton ».

A Pessah on pourrait consacrer la formule « Raconte-moi un agneau ».

Et oui l’agneau pascal est le symbole fort de la fête. On le sacrifiait au Temple de Jérusalem pour Pessah en souvenir du courage des hébreux en Égypte qui avait fait rôtir à ciel ouvert cet animal sacré pour les Égyptiens la veille de leur départ , de leur sortie d’Egypte.

Une preuve ultime de courage, de détermination et de foi en D.ieu.

Mais aujourd’hui le Temple n’existe plus depuis 2000 ans, les sacrifices ont été abolis, alors les Sages se questionnent : comment perpétuer la mémoire ? Comment ne jamais oublier notre histoire, nos héros, nos ancêtres ?

Et bien en parlant, en racontant chaque année la même histoire, en dialoguant, en aiguisant la curiosité et notamment celle des enfants.

Pessah est alors décomposé en deux mots : Pé Sah. Littéralement la bouche qui parle, qui dialogue.

Et pour aller encore plus loin on chante la fête, on la goûte, on la mange, on ingurgite les symboles, on les digère.

 

 

 

 

 

4)Des trucs bizarres, apparemment contradictoires :

On nous dit tu mangeras de la matsa, ce pain azyme que mangeaient nos ancêtres en Égypte ; puis un peu plus loin, les hébreux sont partis à la hâte et le pain n’a pas eu le temps de lever.

Alors il faut savoir : ce pain ils avaient l’habitude de le manger régulièrement ou l’ont-ils mangé pour la 1ère fois le soir de la sortie d’Egypte ?

Le Harosset représente le dur labeur des hébreux esclaves en Égypte, cette patte devant nous rappeler le mortier utilisé pour les travaux pénibles infligés à nos ancêtres. Alors pourquoi est-ce si bon ? Sucré ? Souvent délicieux. Tout le monde veut en reprendre.

Bizarre non ? Saugrenu.

Pourquoi ces bizarreries ? Uniquement pour attiser notre curiosité, rester en éveil, participer, poser des questions ; il ne s’agit absolument pas d’écouter passivement la lecture d’un récit. Ce n’est pas du tout l’attitude encouragée les soirs du Seder. Au contraire, questionner pour devenir un acteur de la soirée et non un spectateur. Un acteur de l’histoire, celle de Pessah, mais également la grande Histoire, celle du devenir de notre peuple.

 

5)Quelle est la 4ème partie de la soirée : ce fameux 4 !

Yahatz : on coupe en deux la matsa du milieu et on en garde une partie pour la fin de la soirée.

Nous commençons donc la soirée, juste avant le récit (maguid) avec une cassure, une brisure. Pourquoi ?

Une habitude dans notre tradition :

Les hébreux ne vont pas recevoir la Torah directement du premier coup, il faudra passer

par l’étape : Moïse jette les tables de la loi, les fracasse avant de remonter sur le Sinaï pour écrire les définitives.

Que fait-on le jour d’un mariage, à l’aube de commencer une nouvelle vie, de bâtir un foyer, un futur ?

Le marié brise un verre et avec fracas.

Cette conscience aiguë qu’avant de démarrer quelque chose d’important, d’entamer une nouvelle étape, il faut comprendre que nous ne sommes pas parfaits, que nous devons avancer avec nos failles, nos imperfections, nos brisures.

D’ailleurs que sont devenues les premières tables de la loi brisées par Moïse ?

Les hébreux les ont-ils abandonnées dans le désert, enfouies, enterrées ?

Non absolument pas, ils les ont embarquées avec eux dans le Temple portatif.

Ses brisures, ses failles, on les emporte avec soi, on vit avec, on apprend à les apprivoiser, à composer avec. Ainsi est faite la vie.

Alors le soir de Pessah, à la veille d’un très long voyage, celui de la délivrance, de la sortie d’Egypte, de la sortie de tous les esclavages, celui qui va nous mener vers la Torah 50 jours plus tard puis en terre promise, en Israël, 40 plus tard, nous commençons par une brisure pour bien signifier notre prise de conscience de nos imperfections, mais qui ne nous empêcheront pas d’entreprendre le voyage, ni même d’arriver à bon port.

 

 

6)Esclavage physique et/ou spirituel :

 

Les hébreux étaient esclaves en Égypte. Certes, ils étaient physiquement en esclavage, mais aussi idéologiquement, spirituellement. Et c’est sous cet aspect que cette histoire vieille de 3000 ans raisonne encore aujourd’hui. Elle nous parle, elle nous interpelle, elle nous met en alerte.

Ne sommes-nous pas infectés par une certaine idéologie sociale ? Sommes-nous vraiment libres de penser ? Quelles seraient nos prisons mentales, nos enfermements ? La fête de Pessah nous offre une occasion, renouvelée chaque année, pour y réfléchir pour nous défaire de ces liens.

 

Les égyptiens avaient pris l’habitude de jeter les nouveaux nés mâles dans le Nil. Un décret mortifère du pharaon. Bien sûr ils souhaitaient les tuer, mais nous pouvons aussi interpréter cette punition, par une mort symbolique. Le Nil représentant toute la force de l’Egypte, sa culture, en jetant la nouvelle génération des hébreux dans le Nil, le pharaon souhaite que les hébreux s’assimilent, soient baignés dans la culture égyptienne, imprégnés, imbibés dès le plus jeune âge. Et ici aussi la leçon devient plus contemporaine.

 

 

 

 

 

 

 

7)Lorsqu’un Haham rencontre un racha :

 

Que se passe-t-il quand un sage, un homme vertueux rencontre un méchant, un salaud ?

Obtient-on un résultat mitigé ? Une situation atténuée ? Des points de vue qui se rapprochent ? Une tendance vers un compromis ?

Non pas du tout, au contraire, chacun se radicalise encore plus. L’homme vertueux à tendance à encore plus affirmer ses points forts, à accentuer l’accomplissement de ses mitsvot pour impressionner son interlocuteur et le racha, le contestataire, devant un homme vertueux, un « modèle », il a encore plus tendance à se montrer rebelle, à revendiquer sa différence, à s’enfoncer dans son raisonnement, dans son approche, quitte à devenir une caricature de lui-même. Personne ne veut faire un pas vers l’autre, chacun enfermé dans ses certitudes.

Exactement ce qui s’est passé avec la confrontation entre Moïse et le pharaon, lorsque que Moïse a demandé au roi d’Egypte de laisser partir son peuple. Des entêtements réciproques ouvrant alors la voie au dix plaies d’Egypte, qui seront indispensables à la fois pour faire céder le pharaon, mais aussi pour convaincre les hébreux de quitter cet enfer et entreprendre un voyage vers l’inconnu.

 

3)La matsa: ce pain que mangeaient nos ancêtres en Égypte

Voici comment on nous présente la matsa pour la 1ère fois dans la hagada, puis on nous dit (et c’est ce qui est resté dans l’inconscient collectif), au moment de sortir d’Egypte les hébreux n’ont pas eu le temps de laisser gonfler la pâte, car ils sont partis à la hâte, dans une certaine précipitation, et donc la matsa est née ce soir-là.

Alors qu’en est-il ? La matsa était-elle un pain habituel des hébreux en esclavage où est-ce ce pain de liberté, né le grand soir ?

La matsa représente ces deux symboles à la fois. À la fois l’esclavage et à la fois la liberté. Ou plutôt, même en esclavage, même ou plus profond du désespoir, dans les moments les plus sombres, dans le noir complet, il reste toujours un espoir, une lumière, un possible, une délivrance, un futur. Alors donc c’est le même symbole qui est utilisé, la matsa, pour représenter ces deux moments, apparemment de façon contradictoire ou bien paradoxale. Mais il n’en est rien, ici rien d’opposé, rien de bizarre, aucune erreur, bien au contraire un symbole dual très fort, très explicite.

 

 

Hag Sameah

Bonnes fêtes

 

 

André Bensimon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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