Pourquoi ce passage est- il si central, est- il si connu, est- il si commenté ?

“A chaque génération tout individu doit se considérer comme étant personnellement sorti d’Egypte”.

Voici l’un des passages les plus célèbres de la Haggada, l’un des plus riches en enseignements.

 

On ne nous raconte pas uniquement une histoire du passé, ou autrement dit ce n’est pas seulement nos ancêtres que l’Eternel a sauvé en Egypte, mais également nous mêmes qu’il a délivré avec eux.

 

Mais de quoi parlons nous ?

Nous ne sommes heureusement plus en esclavage, nous ne sommes mêmes plus brimés, ou humiliés ou considérés comme des citoyens de seconde zone, comme il est arrivé parfois dans notre histoire; non aujourd’hui dans nombre de pays démocratiques comme dans la majorité de l’Europe ou en Amérique, les Juifs sont libres. En Israël aussi; ainsi la grande majorité des Juifs dans le monde sont libres.

Alors de quoi parlons nous ? De quels esclavages ? Qui est esclave ?

 

Nous sommes tous des esclaves.

 

Esclave du travail : l’un des esclavages les plus fréquents et terribles. Esclave de son patron, de son entreprise, des règles et lorsqu’on est son propre parton, chef d’entreprise alors on devient esclave de ses employés, de ses clients, de ses actionnaires. Dans le monde du business nous sommes esclaves du court terme, des résultats immédiats, du toujours plus, sans même savoir pourquoi, esclaves de la compétition; (gagner, se battre, toujours du vocabulaire agressif), prisonnier d’un système devenu fou, devenu ivre à l’image d’un homme décapité qui court dans tous les sens dans un dernier espoir pourtant vain.

Esclave du tabac, de l’alcool, ou autre drogue, esclave du sexe, des femmes, du jeu, ou autre vice, esclave de toute forme d’addiction.

Esclave, dépendant de ses peurs, de ses angoisses, prisonnier du regard des autres.

Esclave de la société de consommation, de la publicité, de la mode, des tendances, du toujours plus, de l’avoir.

Esclave de la technologie, des écrans, de la télévision, des smartphones, des réseaux sociaux, d’internet, des média, de la soif d’information immédiate. Drogué à la connexion permanente en temps réel.

Esclave de son train train, de son “métro, boulot, dodo”, de ses habitudes, de ses TOC.

Esclave de sa famille, de son conjoint (un esclavage très répandu également), de ses parents, beaux parents, de ses enfants, petits enfants.

La liste est interminable et chacun y trouvera son bonheur, se reconnaitra, ou l’enrichira.

 

A Pessah nous sommes invités à nous libérer. Déjà prendre conscience de ses addictions, de ses prisons, les reconnaitre, les admettre, puis par des efforts répétés essayer de s’en affranchir, soit par étape, soit directement, d’un coup; chacun sa méthode.

 

Et cette invitation nous est renouvelée chaque année, car tout le monde le sait, ce ne sera pas facile de s’affranchir, les efforts, les tentatives doivent être reconduits, améliorés, car rien ne peut s’obtenir d’un coup. Toute une vie n’y suffit souvent pas. Et plus que le résultat, si difficile à atteindre, c’est la dynamique, le mouvement, la volonté, qui sont ici encouragés.

 

Finalement la liberté existe t-elle ? Ne sommes nous pas toujours esclaves, prisonniers de quelque chose, de quelqu’un ?

Ou alors la véritable liberté ne serait-elle pas celle qui consisterait à être l’esclave de D.ieu ?