Hanouka approche à grands pas. Nous sommes au II ème siècle avant notre ère, la Grèce domine le monde sur tous les plans, militaire, intellectuel, culturel, artistique.
Jérusalem, les Juifs sont sous domination grecque. Certains Juifs, notamment les nantis ou proches du pouvoir abandonnent petit à petit les pratiques religieuses pour prendre la culture grecque en modèle : un phénomène d’assimilation.
Tout le monde connaît l’histoire qui va suivre, et pour ceux qui voudraient se la remémorer, vous pouvez lire l’article sur le sujet dans ce blog.

Mais voilà l’occasion de narrer l’histoire des “quatre empires”.
La vision des quatre bêtes, un rêve du prophète Daniel, est un récit allégorique.

Le roi de Babylone, Nabuchodonosor, celui qui a détruit le 1er Temple, a soumis Israël.
Daniel faisait partie des jeunes hébreux emmenés en captivité en Babylone.
Daniel rêve et voit quatre bêtes qui sortent de la mer lors d’une grande tempête. Toutes différentes entre elles.
– un lion avec des ailes
– un ours avec trois côtes dans sa gueule
– un léopard avec quatre têtes et quatre ailes
– une quatrième bête, terrible, effrayante, extrêmement forte, avec des dents de fer énormes, qui mange, qui broie, et foule aux pieds tout se qui reste.
Elle est différente des trois premières et porte dix cornes.

Que représentent ces bêtes horribles ? 
Elle représentent quatre empires et associées à ces empires quatre formes d’antisémitisme différentes.
Ces quatre puissances veulent toutes représenter un certain absolu et vont toutes trouver Israël en face d’elles et produire alors un antisémitisme différent.

La première bête est associée à Babylone. Babylone c’est la puissance, le culte de la beauté à la gloire de l’homme. Il faut savoir que la construction des fameux et splendides jardins de Babylone à coûté la vie à plus de 10 000 esclaves.
L’antisémitisme est ici identitaire, refus de la terre, vous n’êtes pas chez vous ici. Partez. Ces antisémites chassent les juifs de chez eux.

La deuxième bête c’est la Perse. La Perse représente l’avidité de l’avoir, le culte du corps. Nous sommes ici à l’époque de la Méguila d’Esther, de Pourim. Il faut savoir que le festin donné par le roi Ah’achvéroche a duré 180 jours, que les femmes restaient 6 mois dans des bains de lait pour adoucir leur peau. Le corps est toujours en manque, il se remplit et se vide, de frustration en frustration. L’équivalent du monde de la publicité aujourd’hui.
L’antisémitisme ici est racial. Il faut tuer, exterminer les juifs qui mettent en danger leur propre race considérée par eux comme supérieure. On retrouve ici Aman de la Meguila d’Esther et plus tard Hitler avec les nazis et la Shoah.

La troisième bête c’est la Grèce. La Grèce c’est l’universel, c’est l’intellect. La Grèce entre en compétition avec Israël. Mais au nom de cet universalisme intellectualisé, pas de place pour aucun particularisme. Et donc non aux juifs. Les Grecs leur refusent leurs spécificités. Il n’y a plus qu’un seul Homme.
L’antisémitisme est alors bien clair, il faut disparaître, s’assimiler, se fondre dans la masse.

Et la quatrième bête ? 
C’est la plus terrible, elle se nourrit des trois autres empires, elle leur a tout volé.
Ce quatrième empire c’est Rome. Rome c’est la force du marché, du droit et de l’armée.
Rome a tout pris aux autres empires. Connaissez vous un philosophe romain ? Non, tous sont grecs.
Rome c’est l’empire du rien, le but est de tout détruire, notamment les valeurs. Rome est exclusif, il se prend pour le “tout”.
Rome représente l’Occident. Nous sommes aujourd’hui encore dans ce quatrième empire. L’occident aussi détruit tout. Quelques exemples:
– La colonisation du XV ème siècle au XX ème siècle, la destruction des peuples et de leur culture, prenons juste l’exemple des indiens d’Amérique.
– La destruction culturelle, observons l’écrasante domination culturelle américaine de ce dernier siècle ne laissant place à aucune autre.
– La destruction écologique, ce pillage en règle de la nature; la nature souffre.
– La destruction des idées et des valeurs, regardons ce vide, ce néant dans lequel s’engouffrent tous les extrêmistes et tous les démagogues politiques ou religieux.
L’antisémitisme relatif à cet empire est donc multiforme. Lui aussi se nourrit des trois autres empires. On peut donc y trouver l’antisémitisme identitaire (la terre), racial (le peuple), ou bien religieux (la Torah). S’est rajouté à ces antisémitismes ancestraux celui lié à la renaissance de l’état d’Israël, il y a 70 ans et qui prend la forme de l’antisionisme.

“Nous ne haïssons pas les Juifs, disaient-ils au Moyen Age, mais juste leur religion. Nous ne haïssons pas les Juifs, disaient-ils au XIXe siècle, mais juste leur race. Nous ne haïssons pas les Juifs, disent-ils maintenant, mais juste leur État-nation.

L’antisémitisme est la haine la plus difficile à vaincre car, comme un virus, il mute, mais une chose reste la même. Les juifs, en tant que religion ou race ou en tant qu’État d’Israël, sont les boucs émissaires des problèmes dont toutes les parties sont responsables”. 

Propos du Grand Rabbin d’Angleterre, Jonhatan Sacks. 

Et le rapport avec Hanouka ? 

A Hanouka on célèbre certes la victoire militaire d’un petit nombre contre une armée puissante, on se commémore le miracle de la fiole d’huile qui durera huit jours, mais surtout on se rappelle que l’assimilation est un mal terrible qui produit des dégâts considérables sur notre peuple.

La culture grecque en son temps a attiré nombre de juifs, qu’on appelait les “hellénisants”, aujourd’hui ce sont d’autres civilisations, d’autres cultures, beaucoup en occident et notamment aux États Unis qui produisent les mêmes effets.

Un danger à surveiller comme le lait sur le feu.