Cette paracha est connue car elle contient le passage du Veau d’or, la faute suprême des hébreux dans le désert.

Mais à y regarder de plus près, cette paracha  est bien plus riche et diverse. En effet c’est ici aussi que les Bnei Israël reçoivent les “louh’ot”, les tables de la loi, ce n’est pas rien !

En fait dans cette paracha on côtoie des épisodes où l’on descend très bas avec la faute du Veau d’or, et d’autres où l’on atteint des sommets avec les tables de la loi.

Et elle se termine en “feu d’artifice” avec Moïse qui parle à D.ieu “face à face” et qui redescend de la montagne avec un visage qui brille.

 

Replaçons nous dans le contexte.

Le peuple d’Israël a quitté l’Egypte depuis trois mois et se trouve dans le désert. D.ieu décide de sceller une alliance avec ce peuple et appelle Moïse en haut du mont Sinaï pendant 40 jours et 40 nuits pour écrire ces tables assorties de développement.

Entre-temps, le peuple a perdu patience et s’est tourné vers Aaron pour construire d’autres dieux, le fameux Veau d’or.

 

Comment comprendre cet épisode ?

Du point de vue de D.ieu c’est une véritable trahison, après tous ces miracles (les 10 plaies, la traversée de la mer rouge, les nuées protectrices, la manne, …) comment ce peuple, qui n’était constitué que d’esclaves, peut- il encore douté et trahir D.ieu ? C’est impardonnable, il veut les détruire.

D’un autre point de vue, ce peuple est justement constitué d’esclaves à peine sortis de leur prison; cet esclavage a duré plus de 200 ans, l’esprit de ces hébreux est limité, il a été conditionné, enfermé dans les “étroitesses” de l’Egypte.

Avant cette libération, ils n’ont connu que les idoles des égyptiens, alors lorsqu’ils rencontrent une difficulté, lorsqu’ils perdent leur guide (cela fait 40 jours et 40 nuits qu’il a disparu, c’est long !) ils cherchent un nouveau point de repère et construisent la seule chose qu’ils connaissent, une idole.

Ils se sont trompés, ont commis une grossière erreur, mais à leur décharge, devant la difficulté, pour la première fois, ils prennent l’initiative, décident d’aller de l’avant (et pas de retourner en Egypte), ils prennent leur destin en mains.

Cette paracha fonctionne comme une sinusoïdale, au sens propre comme au sens figuré.

En effet nous assistons à un ballet,  Moïse va faire des aller-retours , il va monter et descendre, de la vallée dans laquelle sont installés les Bnei Israël, vers le haut de la montagne, du mont Sinaï. Il monte une 1ère fois, redescend, voit le Veau d’or, brise les tables de la loi. Puis il va remonter une 2ème fois écrire de nouvelles tables, puis redescendre à nouveau.

Et de façon symbolique nous assistons au même mouvement; du beau avec l’écriture des 1ères tables, puis la bassesse avec le Veau d’or, pour finir avec le sublime avec les secondes tables de la loi et le visage illuminé de Moïse.

 

Quelles leçons en tirer ?

L’échec peut être fondateur.

En effet après une faute, un échec, comme l’est cet épisode du Veau d’or, il faut savoir se relever, pardonner pour les uns, et faire “téchouva” pour les autres. Et parfois juste après, dans le même élan, dans la même paracha, peut survenir le sublime, le meilleur, le plus beau; la condition étant de se relever, de reconnaître ses erreurs, de se mettre en condition de ne plus les commettre, et de continuer à avancer.

Un comportement qu’on observe bien dans le milieu des start-up, notamment en Israël ou aux Etats Unis. Lorsque des VC (Venture Capital) interviewent un CEO (Chef Exécutif Opération), un dirigeant-fondateur de start-up, ils le questionnent d’abord sur ses échecs et veulent savoir comment il a rebondi. Ils préfèrent ces parcours chaotiques, fait d’embûches et de rebonds à une trajectoire plus rectiligne qui ne dit rien de cette capacité à refaire surface, à surmonter les difficultés. Ils le savent, le parcours de cette nouvelle entreprise ne sera pas simple, ne sera pas une ligne droite, alors ils privilégient des personnes qui ont déjà ces expériences réussies.

Il en est exactement de même dans la vie de chaque homme et de chaque femme.

Les échecs sont les barreaux de l’échelle qui mène au succès.

 

Qu’a t-on fait des 1ères tables de la loi brisées ?

Les a t-on jetées, brulées, abandonnées, enterrées ?

Non ces tables ont été emportées avec les secondes, les intactes, les nouvelles, dans le même endroit, dans le tabernacle, le temple portatif.

 

La beauté de nos cicatrices.

On emporte avec nous nos cicatrices, nos douleurs, nos erreurs. Nous ne pouvons pas les effacer, les dénier; elles font partie de nous, de notre histoire, elles restent, on vit avec; on ne peut pas faire semblant comme s’il n’y avait rien eu.

Cicatrices de la peau, donc visibles ou cicatrices du coeur, donc invisibles, on emporte tout.

Et on essaie tout au long de sa vie de transformer ces épreuves, ces erreurs, ces échecs, ces accidents en force supplémentaire, pour finir avec la lumière sur le visage de Moïse.