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Tout démarre avec les 12 tribus. Le peuple hébreu, celui qui va sortir d’Egypte, de l’exil, de l’enfer, celui qui va recevoir la Torah dans le désert, celui qui va entrer en terre Promise, en terre de Canaan, en Israël est né de ces 12 tribus, est issu de ces 12 tribus.

Tout démarre donc avec les enfants de Jacob, ce sont les fondateurs de ces tribus :
Reouven, Siméon, Juda, Issachar, Zeboulon, Dan, Naphtali, Gad, Asher, Manassé, Ephraïm et Benjamin.

Mais qui sont leurs mères ?
Regardons cela de plus près et essayons d’en tirer quelques enseignements.

Les cinq premiers enfants sont les enfants de Léa, la 1ère épouse de Jacob.
Dan et Naphtali sont les enfants de Bilah, la servante de Rachel.
Gad et Asher sont les enfants de Zilpah, la servante de Léa.
Manassé et Ephraïm sont les fils de Joseph (fils de Jacob et Rachel) et de Asnath.
Enfin Benjamin est le fils de Jacob et Rachel.
Avec cinq mères différentes nous avons trois catégories : deux matriarches, deux servantes et une princesse non juive.

Deux matriarches : Léa et Rachel
Léa et Rachel, au même titre que Sarah et Rebecca sont des matiarches.
En effet dans notre tradition nous avons trois patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, et uniquement trois patriarches, puis nous avons quatre matriarches, Sarah, Rebecca, Léa et Rachel, les épouses des patriarches et uniquement quatre matriarches. C’est ainsi que c’est formulé dans le Talmud.
Une tentation première : les matriarches ont ce statut car elles sont les épouses des patriarches. Erreur. Contre sens.
Les patriarches, comme les matriarches accèdent à ce statut, si positif et si distinctif car ils et elles possèdent des qualités hors normes.
Maïmonide, le célèbre commentateur de la Bible, le résume de la façon suivante: un patriarche, une matriarche c’est quelqu’un, quelqu’une qui, à chaque instant de sa vie, à travers la totalité de ses actes, mêmes les plus prosaïques, cultive la proximité et l’intimité avec D.ieu.
Il rajoute et souligne que ces personnages ont un trait commun : ils et elles sont conscients qu’ils portent un projet central, celui de créer, de forger une nation. Une conscience permanente qu’ils et elles sont en train de fonder quelque chose « d’éternel ». C’est pourquoi ces sept personnes ont un statut si particulier.
Et c’est donc bien normal que Léa et Rachel soient à l’origine de la moitié de ces 12 tribus.

Deux servantes : Bilah et Zilpa
Quatre tribus, soit un tiers, ont pour mère Bilah et Zilpa, des servantes.
Comment expliquer ce mystère apparent ? Des servantes pour fonder le peuple d’Israël, surprenant, non ?
Que sait-on dans la Bible de ces deux personnages ? Franchement rien, ou quasiment rien. Elles ont enfanté pour leurs maîtresses. Point. Les premières mères porteuses. Pour en savoir un peu plus il faut faire appel au midrach.
Et là on apprend qu’elles sont aussi les filles de Laban, mais avec une autre femme que la mère de Léa et Rachel, une servante; elles sont donc les demi sœurs de Léa et Rachel. Mais alors pourquoi sont elles aussi discrètes dans la Bible, aussi absentes, aussi ignorées ? Les mères, tout de même d’un tiers des tribus; un tiers de peuple juif passé sous silence.
Pour éclairer ce mystère reprenons l’étymologie de leurs noms.
Bilah, de la racine, B, L, H, (bet, lamed, hé) veut dire « consternation », « tristesse ». Oui, Bilah souffre de la stérilité de sa maîtresse, de sa demi sœur Rachel. Elle porte en elle même une marque de souffrance pour autrui.
Zilpa, de la racine, Z, L, P (zaïn, lamed, pé) veut dire « couler ». Zilpa avait des larmes qui coulaient à l’idée que sa maîtresse, Léa, devait épouser Esaüe. En effet, il existait à l’époque une rumeur populaire qui destinait les deux fils de Isaac, Jacob et Esaüe aux deux filles de Laban, Rachel pour Jacob et Léa pour Esaüe. Or Esaüe avait une très mauvaise réputation et donc Zilpa, la servante de Léa pleurait pour sa maîtresse. Elle aussi, comme Bilah, avait une grande empathie, naturelle, évidente pour autrui.
Cette signification de leurs noms nous éclaire sur leurs qualités. Elles possèdent toutes les deux cette capacité à s’intéresser aux autres, d’abord à autrui, d’en être profondément et sincèrement marquées, affectées. Une empathie, une compassion, un altruisme qui habite leur identité et qui en font leur grandeur.
Voici, sans aucun doute, un trait de caractère de nature à justifier d’être choisies pour fonder une partie du peule juif.

Une princesse d’un peuple étranger : Asnath
Que sait on de l’épouse de Joseph ?
Quasiment rien dans la Bible. Ici encore il faut faire appel au midrach pour en savoir plus. Mais cette fois ci il existe plusieurs sources différentes, plusieurs versions, Asnath est un personnage mystérieux, « douteux ». C’est, sans aucun doute, la fille de Potiphéra, prêtre de On, mais c’est aussi la fille de Dîna la sœur de Joseph. Joseph aurait épouse sa nièce.
Alors une fille du peuple hébreu, une juive, ou alors une fille des peuples voisins, une goya, qui se serait ensuite convertie ? Toutes ces versions sont envisagées, sont possibles. Et sans aucun doute le message à retenir : la mère de deux des douze tribus est une personne « incertaine », peut être une juive, une convertie, ou une princesse d’un peuple voisin. Notre peuple doit intégrer cette donnée : il sera mélangé aux autres peuples, il cohabitera, des unions mixtes se produiront, mais les descendants feront aussi partie de notre peuple.

Ainsi avec ces cinq mères : Léa, Rachel, Bilah, Zilpa et Asnath nous comprenons mieux les origines du peuple hébreu. Des origines diverses, à ne pas en douter.
Des personnages célèbres, hors normes, conscients de fonder une histoire, un peuple, d’autres anonymes, discrets, dans l’ombre mais dotés d’autres qualités comme la compassion pour autrui, l’empathie et enfin une partie d’Israël dont les origines sont moins claires, moins immédiates, mais qui font partie intégrante du peuple au même titre que les autres.

André Bensimon

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