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Une grande nation

Par Alain Melloul

Un D… a dit à Abraham qu’ il fera de son peuple une grande nation.

Regardons la définition d’une nation.

Nation : ensemble des êtres humains vivants dans un même territoire, ayant une communauté d’origine, d’histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique.

Être juif ne se réduit pas à une religion car un juif, pratiquant ou non, est toujours juif, même si nous savons que le devoir d’un juif sur terre est de mettre en adéquation sa vie familiale et professionnelle avec les exigences de la « halakha » (loi juive de la Torah) et d’accepter sur lui le « Ol malkhouth chamaïm » (joug de la royauté du ciel) et le « Ol Mitsvoth » (joug de tous les commandements).

En langue sainte (Hébreu) :

– « JUIF » se dit : « Yehoudi » et s’écrit  יהודי

– « Dieu » se dit : « Adonaï » et s’écrit  יהוה

Nos sages nous font remarquer que si l’on descend la dernière lettre (le Youd) du mot « Yehoudi » et qu’on le place en dessous de la lettre qui la précède (le Daleth), cela formera la lettre (Hé) pour obtenir ainsi le nom de Dieu lui-même.

 Ceci pour nous enseigner l’existence d’une liaison intrinsèque entre JUIF et DIEU (יהודי   יהוה), car être juif, c’est avant tout être lié à un sens et à un but divin en manifestant la présence de Dieu sur terre.

De même que Dieu est UN, le peuple juif est UN. À la différence de tous les autres peuples, nous sommes avant tout un peuple uni par la sensibilité du bien être de chacun.

 En effet, il suffit d’apprendre qu’un juif souffre, et chacun de nous ressent naturellement un pincement au cœur et se mobilise matériellement et spirituellement pour son bien être. Et ce, même s’il est au bout du monde et qu’on ne le connaît pas du tout ! Oui ! Un frère juif qui va mal ne nous laisse jamais indifférent.

Et donc notre peuple n’est pas une religion comme tout le monde le laisse entendre mais une vraie nation. Nous avons notre propre langue, l’hébreu.Notre histoire. Notre culture. Notre religion. Notre territoire offert par D….

Seuls les Juifs ont inventé ça : être un peuple, mais un peuple sans frontière, sans nation. Ils ont aussi inventé cette chose inouïe : quand on est juif, on le reste pour l’éternité, même quand on ne l’est plus.

On ne reste pas chrétien quand on ne l’est plus, il n’y a pas les chrétiens et les Chrétiens. Mais on reste juif même si on ne pratique plus la religion juive. Il y a là une appartenance mystérieuse sur laquelle Freud est le seul à avoir tenté de travailler du point de vue de l’inconscient. On hérite de cette appartenance étrange qui n’a plus besoin de la religion.

À retenir que pour certains :

“Juif” n’est ni une religion, ni un peuple, ni une culture, ni une race, ni des coutumes, ni une croyance, ni une pratique, ni une descendance. Il s’agit d’une nature spirituelle : une nature d’âme qui correspond à la Tora

…                     

 

La transmission

Par Michel Berros

Être juif c’est appartenir à un peuple.

Être juif c’est identifier pour tous les mêmes patriarches et matriarches.

Être juif c’est avoir subi à plusieurs époques des persécutions.

Être juif c’est connaître plus ou moins tous les mêmes traditions.

Être juif c’est la fierté de voir à chaque époque les noms des chercheurs

et/ou savants qui ont apporté beaucoup de choses à l’humanité.

Être juif c’est être fier quand un réalisateur, écrivain, docteur,

pharmacien s’appelle Cohen, Spielberg, Toledano, Nakache etc…

Être juif c’est se trouver avec 3 amis et avoir 4 opinions.

Être juif c’est une réflexion sans fin sur la religion, l’origine de chacun.

Être juif c’est l’amour de la bonne bouffe.

Être juif c’est se sentir toujours exemplaire.

Être juif c’est parfois se plaindre ou ne pas se sentir aimé.

Être juif c’est la fierté d’un État fort et d’une armée forte et exemplaire.

Être juif c’est avant tout la transmission.

Car le seul peuple qui existe depuis la nuit des temps c’est le peuple juif,

et ce, uniquement grâce à la transmission !

 …

Je suis juif, c’est classe.

Par Ariel Wizman

Je suis juif c’est classe. Tellement élégant. Stimulant.
En tous cas moi je trouve. Vraiment.
Chaque moment de la vie juive est un coeur qui bat, qui fait vivre.

Je suis aussi UN juif, ça pourrait l’être un peu moins.
« C’est UN juif », ce n’est pas toujours un compliment… Surtout pour ceux qui emploient le mot « Yahood ». Ou dans les réunions de co-propriétaires, où les tauliers des pays où nous ne sommes que de passage, se pincent le nez en parlant de nous. Mais il n’en est pas moins vrai que je suis UN juif.

Un juif, c’est un individu, membre d’une communauté, qui peut être lourdingue à tous points de vue, je le reconnais. Mais un juif est juif, et a donc hérité du judaïsme.

On dira ce qu’on veut – au nom de l’oecuménisme et de la tolérance – mais le judaïsme était là en premier, a appris la compassion aux sanguinaires idolâtres, a dépeuplé le ciel de la cruauté qu’y avaient mis les babyloniens, les grecs, les mèdes et autres impérialistes et prosélytes disparus (mais pas nous).

Le judaïsme a réussi à galoper, des millénaires durant, à l’avant-garde de l’éthique et de la résilience, à la face des persécutions, souvent perpétrées par ceux là même qui s’en inspiraient.

Et donc je suis UN juif, fier de son judaïsme, et qui, mystère qu’il ne s’explique pas lui même, passe par la peine, le kif, la nostalgie, la joie, le deuil, l’extase, l’exil, le rire. Et se sent toujours bien.

Le haim ! La vie avant tout !

Par Marlène Tordjeman

Mais c’est quoi être Juifs ?
Je suis née en 1945. Juste après la seconde guerre mondiale. Toute petite j’entendais les adultes parler de persécutions, de déportations, de six millions de juifs morts dans des chambres à gaz. Morts parce qu’ils étaient juifs ! Morts parce qu’ils étaient Juifs ! Cette phrase me revenait sans cesse aux oreilles. Et dans ma tête d’enfant, ces deux mots « être Juifs » voulaient seulement dire « être persécutés ».

Fort heureusement, en grandissant, j’ai appris notre belle mais aussi douloureuse histoire à travers les diverses fêtes qui jalonnent notre vie tout au long de l’année et les « Dvar Torah » que nous contait notre père le vendredi soir.

J’ai appris que D… lui-même nous a donné la Torah et les dix commandements après nous avoir délivrés de l’esclavage en Égypte.
J’ai appris que D… nous avait « choisi » comme messager pour dire au monde entier qu’il n’y avait qu’un seul et unique D…
J’ai appris que nous avions le devoir de transmettre de génération en génération les valeurs de la Torah, notre culture, nos traditions, nos coutumes, notre philosophie.
J’ai appris qu’il fallait rester fiers d’être juif quoi qu’il en coûtât.
J’ai appris que malgré les différentes composantes (croyants, traditionalistes, laïques, orthodoxes) les Juifs sont un peuple, une unité qui ne s’avouait jamais vaincu.

Le haim ! La Vie avant tout ! Est-ce pour cela que les Juifs ont toujours suscité amour et haine, admiration et jalousie ?
Mais toutes les persécutions ne nous ont pas décimés, et malgré nos malheurs nous sommes un peuple joyeux et heureux de vivre. Depuis 72 ans le peuple Juif vit en Israël avec pour capitale Jérusalem.
J’ai appris que D… tient toujours ses promesses !!!

Un cheminement

Par Michèle Sebaoun

Quand j’étais jeune , je vivais dans une famille séfarade non pratiquante et je savais que j’étais juive sans vraiment comprendre ce que cela impliquait.

Quand j’ai grandi, j’ai eu besoin d’avoir un cercle d’amis juifs, c’était un lien invisible, une confiance, une manière d’appréhender les choses.

Quand je me suis mariée j’ai découvert à travers ma belle famille le judaïsme , la religion, les fêtes, leur sens. Je faisais partie d’une communauté qui chantait, cuisinait des douceurs, la joie.

Quand j’ai eu mes enfants, en devenant une mère juive, je me suis sentie enfin légitime en tant que juive.

Mais quand ma fille a épousé un juif libéral, j’ai découvert une religion inflexible, un consistoire sévère.

Quand j’ai perdu mes parents, ma communauté m’a donné du réconfort, m’a aidée, était là.

Il y aurait tant a dire d’une religion que nous n’avons pas choisie , mais qui fait partie de notre ADN.

Être juive n’est pas un choix.

Être juive est un honneur.
Être juive est un cheminement.
Être juive est une chance.

 …

Le flambeau

Par Murielle Melloul

Je sais que l’on naît juif, on est juif et c’est ainsi.

Quand bien même je l’aurais voulu, je n’aurais jamais pu remettre en question le fait d’être juive. Et il n’en n’a jamais été question !

De plus je sais que pour les autres je serai toujours «  juive ».

Je l’ai tellement entendu dans mon enfance. Mon père qui avait traversé les pogroms, la guerre, la shoah, n’avait de cesse de m’apprendre à me méfier, à préserver mon identité juive et me faire respecter comme telle, de défendre ma judaïté quoi qu’il en coûte.

Née de parents juifs, je suis juive. En étant une femme, j’ai transmis cette judaïté à ma descendance. C’est ainsi et cela me va bien.

Qu’est-ce-que c’est ? C’est l’appartenance à un peuple.

Qui dit peuple dit une histoire , une religion, une nation, une terre, une langue, des règles et des valeurs, un code civil en quelque sorte, des coutumes, une cuisine ou plutôt des cuisines, une culture avec de brillants philosophes, écrivains, musiciens, peintres. Ces êtres hors du commun qui nous laissent des œuvres inestimables.

C’est le peuple le plus ancien qui continue de préserver et transmettre ses valeurs, sa terre, sa langue à ses enfants pour ne jamais s’éteindre. En tous cas c’est ma perception des choses.

Chacun vit son judaïsme différemment, et il y a autant de manière de le vivre, que d’individus qui composent notre peuple. Que ce soit par la religion, la nationalité, les traditions, les plats, la musique. D’une façon ou d’une autre la judaïté de chacun est ancrée au plus profond de soi. Ne serait-ce qu’à Pesssah ou à souccoth, on reconnaît les différents membres du peuple juif : celui qui sait questionner et celui qui ne sait pas, celui qui pratique et celui qui ne pratique pas….

Selon JC Grumberg dans « Pour en finir avec la question juive » , « un professeur émérite d’Harvard a répertorié 8612 façons de se dire juif et aurait déclaré à la presse qu’il poursuivait ses recherches, car ne se reconnaissait dans aucune d’elles ».

Ma vraie question n’est pas de définir ce que c’est mais qu’est ce qui fait que j’ysuis si attachée ? Pourquoi je souhaite tant le transmettre à mes enfants et petits-enfants ? Pourquoi je ne peux pas concevoir que cela s’arrête à un moment ou à un autre ?

Je ne sais pas l’exprimer, c’est un ressenti, comme une partie de moi-même quisemble me dire c’est le cadeau le plus précieux que mes parents m’aient donné et ce bijou ne doit jamais s’évaporer, sortir de la famille. Ce flambeau doit continuer de brûler et être passé aux générations futures.

Je reste attachée à mon histoire, et celles de mes ancêtres. Je suis sioniste et suis une inconditionnelle d’Israël. Nous pratiquons un judaïsme dit traditionnel. Nos plats de fête sont ceux que ma mère et ma belle-mère faisaient. Notre intérieur transpire notre judaïté.  Néanmoins nous nous devons de rester ouverts au reste du monde.

Je crois que c’est cela aussi Etre juif. C’est le difficile équilibre entre l’affirmation et le sentiment d’appartenance à un peuple tout en faisant partie du reste du monde. Equilibre difficile à tenir en toutes circonstances tout comme le Violon sur le toit.

L’étincelle

Par Arié Danan

Si le questionnement est au cœur de l’identité juive, la question « qu’est-ce qu’être juif ? » résonne (et raisonne) comme une mise en abyme de cette identité qui nous force à nous interroger sur les fondements mêmes et les racines de notre judéité.

Si le mot « juif » désigne d’abord une religion, la foi et la pratique religieuse suffisent-elles pour se définir comme juif ? A l’opposé, l’absence de toute pratique rituelle est-elle compatible avec le fait de revendiquer une identité juive ?Dans ce cas, sur quoi repose-t-elle et comment la transmettre ?

Ce qui rend cette question difficile, c’est qu’elle contient en effet en son sein plusieurs dimensions dont les principales sont l’identité et la transmission, et dont les exigences sont parfois paradoxales et contradictoires, nous y reviendrons.Mais l’identité, comme la transmission renferment elles-mêmes plusieurs composantes selon qu’on envisage l’aspect proprement religieux, ou philosophique et éthique avec l’étude de la Torah et le respect des valeurs morales du judaïsme, ou tout simplement le sentiment d’appartenance à un peuple qui va de pair avec le fait de s’approprier son histoire et de partager son destin en vibrant avec l’état d’Israël dans une ferveur sioniste parfaitement assumée.

Là où les choses commencent à se complexifier, c’est que ces différentes composantes sont irrégulièrement réparties chez des individus ou des groupes qui revendiquent avec force, les uns comme les autres, leur appartenance au peuple juif alors que tout ou presque les oppose. Si Israël a été rêvé par Theodor Herzl comme le « judenstaat », littéralement « l’état des juifs », comment ne pas être frappé par l’extraordinaire variété des groupes qui composent ce pays, et qui songerait à hiérarchiser la judéité des Israéliens en décrétant que telle composante serait plus ou moins juive qu’une autre ?

Qu’y a-t-il de commun entre un ultra-orthodoxe de Jérusalem ou de Bnei Brak, un kibboutznik « historique » de Tibériade et un membre de la grande communauté LGBT de Tel-Aviv ?

Comment ne pas sourire lorsqu’en l’espace d’une heure, on peut croiser dans les rues de Tel Aviv le vendredi matin avant l’entrée du Shabbat, une manifestation laïque contre l’exploitation sexuelle des femmes devant une boite de strip-tease, puis un groupe d’enfants haredim dansant pour collecter des fonds en faveur de la recherche médicale et côtoyant un homme « sandwich » à l’entre-jambes maculé de rouge manifestant ainsi, quelques mètres plus loin, son hostilité pour la circoncision.

Dans le même ordre d’idée, comment ne pas être dérouté par l’antisionisme affiché par certaines communautés ultra-orthodoxes qui, pour certaines d’entre elles, vivent sur le territoire Israélien sans en reconnaître les lois ?

Cette extraordinaire diversité et la capacité, même inégalement répartie, d’accepter l’autre avec ou malgré ses différences, est sans doute l’une des clés de l’énigme qui réside dans la question « Qu’est-ce qu’être juif ? ».

Les choses ne sont pas différentes pour nous, juifs de la diaspora et, ici comme ailleurs, il y a mille et une façons d’être juif si l’on se réfère à l’intensité de la pratique religieuse qui peut aller de tout à rien ou presque, en passant par le « minimum syndical » consistant à célébrer les grandes fêtes qui rythment l’année. Qu’il s’agisse de Pessah, des fêtes de Tichri ou de Pourim, ces fêtes sont l’occasion de réunions familiales et communautaires qui peuvent donner du goût et du sens à la pratique des rites, même lorsque la foi n’est pas là.

La question de la foi est une question difficile. Bien-entendu, l’éducation que nous recevons de nos parents y joue un rôle majeur, mais nous connaissons tous des exemples de fratries élevées de la même façon par les mêmes parents, et dont les différents membres vont pourtant suivre des trajectoires distinctes, les uns s’orientant vers une observance stricte des commandements religieux et les autres s’engageant dans une démarche libérale, voire ultra-libérale ou laïque, ce qui ne les empêche pas de revendiquer leur identité juive. Si l’éducation est initialement un facteur déterminant, chacun peut cependant au cours de sa vie, en fonction de sa réflexion, de ses expériences et des accidents de parcours, s’orienter dans la voie qui lui convient car, tout comme l’amour, la foi, c’est-à-dire le fait de croire ou de ne pas croire, ne se décrète pas.

Les choses se compliquent à la génération suivante car la transmission de l’identité juive ne sort pas indemne d’une éducation dans laquelle la dimension religieuse est discrète ou absente, et si les rites religieux servent de support et de vecteur à cette transmission, ils sont difficiles à mettre en place s’ils se limitent à l’accomplissement mécanique de gestes auxquels n’est pas associée une spiritualité qui leur donnerait un sens.

Alors on fait avec les moyens du bord même si, ce faisant, on cultive desparadoxes qu’il faut tout simplement apprendre à accepter, parce qu’ils nous constituent et parce qu’ils portent malgré tout en eux un sentiment identitaire qu’on peut espérer transmissible :

On mange de tout à l’extérieur mais on mange cacher à la maison.

On travaille le samedi mais on prend plaisir à faire le Kidouch en famille le vendredi soir.

On mange des matsot à Pessah mais on décrète qu’on est tunisien pendant 8 jours pour manger du riz. On peut même aller jusqu’à manger, de tout, dans un restaurant non cacher, mais … sans pain !

On ne va pas à la synagogue le jour de Kippour mais on jeûne quand-même, en respectant scrupuleusement les horaires de début et de fin du jeûne.

On n’est pas pratiquant mais on n’imagine pas de lieu plus approprié et plus émouvant qu’une synagogue pour célébrer un mariage.

On n’est pas croyant mais on respecte une éthique et des valeurs, que la religion revendique mais dont elle n’a cependant pas le monopole.

etc.

Parfois cependant, le destin se joue de nos choix comme l’illustre l’histoire d’un de mes cousins : issu d’une famille juive traditionnelle modérée, il n’avait aucun sentiment religieux et son itinéraire l’amena tout naturellement vers un mariage mixte dont naquirent deux enfants, un garçon d’abord puis une fille. A l’âge de 12 ans, celle-ci annonça son désir de se convertir au judaïsme, ce qu’elle fit dans les règles consistoriales avec une consécration sous forme de Bat Mitsva un peu tardive à 14 ans, puis de rencontre et de mariage avec un jeune homme parfaitement « cacher » et très pratiquant. Le fils ainé de mon cousin rencontra de son côté, et épousa, une jeune fille « athée » mais issue d’un mariage mixte. La mère étant juive, elle l’était donc aussi. A l’arrivée, mon cousin a aujourd’hui 4 petits-enfants, tous juifs, circoncis pour les garçons, ce qui l’a amené à « cachériser » sa maison et à maîtriser la Halakha afin de pouvoir recevoir ses enfants et petits-enfants.

Hasard me direz-vous ? Je n’en suis pas convaincu et je pense au contraire que cette histoire illustre le fait que, même en l’absence de toute pratique religieuse et même d’identité juive officielle chez ces enfants, quelque chose de l’identité de leur père avait quand même réussi à passer et attendait une étincelle pour s’exprimer.

Que dire de cet autre cousin qui a lui aussi fait un mariage mixte (peut-être une tradition familiale…) mais qui, vingt ans plus tard, décide d’apprendre l’hébreu et d’étudier la Kabbale ?

Ces exemples n’ont évidemment pas valeur de démonstration et ne peuvent occulter le fait que lorsque le sentiment religieux est absent et la pratique religieuse discrète ou inexistante chez les parents, la transmission est difficile et le risque d’assimilation grand pour les enfants puisque les gardiens du temple sont aux abonnés absents.

Dans ces conditions, qu’est-ce qu’être juif ?

C’est d’abord un sentiment d’appartenance, une sorte de vibration identitaire, évidente et charnelle en ce qui me concerne à l’évocation de la Shoah ou lorsque j’entends l’Hatikvah. Si certains philosophes ont défini l’amour comme le fait de se réjouir de l’existence de l’autre, être juif est pour moi indissociable du fait de se réjouir de l’existence de l’état d’Israël, ce qui n’oblige pas à cautionner tous ses choix politiques. Mais c’est un autre débat.

La tirade du juif

Par Jonathan Atlani

Ah non,

c’est une peu court jeune homme

On pouvait dire oh dieu bien des choses en sommes ?

En variant les styles, tenez

Biologique: il faut que sa mère soit bien juive

Et si c’est le père on trouvera une esquive

Mémorielle: c’est vivre une histoire commune

Et s’y reconnaître malgré nos infortunes

Descriptif: c’est descendre du peuple des Hébreux

Et vouloir prolonger l’avenir de nos aïeux

Rêveur: c’est une vision, un destin ancré

De transformer le monde en paradis gagné

Tendre: chanter un soir de pacques comme on les aime

Qu’on soit tous l’an prochain dans notre Jerusalem

Religieux: des débats des esprits passionnés,

Une histoire, et une blague pour trouver l’unité

Poétique:

Un buisson incandescent

Une flamme aphlogistique

Une colombe sur l’océan

Une femme énigmatique

Péremptoire: c’est un peuple! C’est un corps

Que dis je c’est un corps c’est une tentacule !

Mystérieux: un tout, un rien, une énigme

Une interrogation, un nouveau paradigme

Dubitatif: vous pensez qu’ils existent vraiment

Moi je n’en connais pas, et je pense qu’on nous ment

Timoré: ce sont des hommes, des femmes

Des enfants qui cherchent une vie en majuscule

Ma mère: qu’as tu mangé as tu bien dormi ?

Appelle moi ce soir je dors pas de la Nuit

Mon ami juif: en vrai, je ne sais pas du tout

On me l’a informé, et franchement je l’avoue

C’est bien enraciné dans mon être profond

Car même quand je l’oublie, on me rappelle ce don

Un nomade

Moadon – Anonyme

À chaque fois qu’il y a « installation » dans notre histoire, nos Sages nous alertent, nous mettent en garde. Méfiez vous, les ennuis arrivent.

C’est vrai avec Jacob lorsqu’il s’installe pendant plus de 20 ans chez Laban.C’est encore vrai des hébreux lorsqu’ils s’installent en Égypte avec Joseph avant le changement de Pharaon et leur esclavage. Puis ce sera toujours, inlassablement vrai tout au long de notre histoire.

Dès que nous sommes installés, le danger guette et malheureusement se produit à chaque fois. Dans tous les pays et à toutes les époques, jusqu’à l’infâme tragédie de la Shoah.

Il y a quelque chose dans le nomadisme (mais pas uniquement géographique, aussi sur le plan mental, psychologique, spirituel) d’essentiellement juif.

Abraham est le personnage qui incarne le mieux cette idée.

Il est déjà étranger au monde qui l’a vu naître. D’ailleurs il le quitte. Ensuite il est hébreu, il passe de l’autre côté. En effet il se tient d’un côté du fleuve alors que le monde entier se trouve de l’autre côté. Puis quand il arrive en terre Promise, en terre de Canaan, il dira lui même « Je suis un étranger parmi vous ». Jamais chez lui, jamais installé. Moïse lui même appèlera son fils « Gersom », c’est à dire « étranger là bas ». Tout un message pour les prochaines générations.

Alors sommes-nous condamnés à ne jamais avoir de chez nous?

Il ne s’agit pas uniquement de nomadisme géographique, mais de garder, conserver une pensée de l’étrangeté, du nomadisme.  Sûrement l’un des grands défis d’Israël pour la pensée juive.

Alors oui, à coup sûr, être juif c’est être un nomade surtout sur le plan intellectuel, spirtituel.

Appelez-moi comme vous voulez

Par Catherine Levy

Vous nous appeliez Judéens au temps du roi David ;

Vous nous appeliez Hébreux après notre exil forcé ;

Vous nous appeliez Zélotes pendant notre résistance ;

Vous nous appeliez Juifs lors des pogroms, les inquisitions, les conversions forcées et les déportations ;

Vous nous appelez Sioniste depuis que nous avons retrouvé notre terre ;

De Canaan à Massada, de Judée jusqu’à Varsovie, de Rome jusqu’en Espagne, de Constantinople à Tel Aviv je suis toujours resté le même…

Ne vous déplaise :

Je suis resté le peuple élu pour étancher vos haines et votre mépris de l’humanité ;

Je suis le peuple de D.ieu qui a traversé le temps, les siècles, les pays, les déserts et les nations ;

Je suis l’empêcheur des ténèbres de tourner en rond, le caillou dans la chaussure des méchants ;

Je suis celui dont personne ne voulait mais que tout le monde regrette ;

Je suis le plus méprisé mais le plus jalousé aussi, et attirant autant de réprobations que de convoitises ;

Je suis celui que vous ne pouvez pas voir mais que cependant vous scrutez en permanence ;

Je suis le reflet dans le miroir de vos tristes contradictions ;

Appelez-moi Sioniste si cela vous permet d’effacer votre honte pas même bue.

Appelez-moi Sioniste si cela vous rassure quand vous me refusez le droit d’exister.

Appelez-moi Sioniste si cela n’écorche plus vos langues d’aphasiques de l’histoire.

Appelez-moi ainsi, oublieux de votre propre « erreur de genèse ».

Mais sachez que j’aime le nouveau nom que vous m’avez concédé.

Alors appelez-moi Sioniste quand je porte fièrement mon drapeau reconquis.

Et puis, appelez-moi Sioniste quand je me défends de mes voisins inassouvis de terres, de jalousie et d’orgueil.

Surtout, Appelez-moi Sioniste quand je soigne des enfants de toutes religions et provenant de tous horizons.

Mais appelez-moi Sioniste aussi quand j’apporte à la science les découvertes les plus fondamentales.

N’oubliez pas de me citer, moi Sioniste, quand je tends une main loyale à mes cruels voisins.

Pensez à m’appeler Sioniste lorsque je propose la paix ; fut-ce au prix de concessions démesurées.

Ah oui ! Appelez-moi aussi Sioniste quand je donne au Monde les plus grands chercheurs, les plus grands humanistes, le plus grand des physiciens « quantiques des quantiques », les plus grands artistes ; toutes disciplines confondues.

Appelez-moi comme vous voulez…. mais sachez que je reste le même peuple : fier, uni, humain, noble, défenseur des libertés et amoureux de la vie ; ce qui le rend incontestablement beau et envié de tous.

Mosaïque

Par Laurent Kern

  Je répondrai à cette question par une autre question. D’ailleurs le questionnement n’est il pas un attribut du juif ?
Pourquoi utiliser le mot juif dans ce questionnement ? Pourquoi pas : « qu’est-ce qu’être enfants d’Israël? » ou « hébreux », ou « israélite » (c’est précisément quand apparaît l’état d’Israël qu’en France on abandonne le terme « israélite » au profit de juif, je n’ai jamais bien compris pourquoi) ?

Notre identité remonte à une histoire, un parcours multi-millénaire, qui nous distingue, déjà par la durée de notre tradition culturelle. Peu d’autres groupes ont traversé le temps avec autant de vicissitudes. Selon la tradition, que je respecte, notre histoire  démarre avec les enfants de Jacob qu’on appelle Israel.
Cette histoire si longue a donc forgé des identités multiples. Et c’est un de nos autres paradoxes, de se réunir dans la diversité. Cette ouverture et cette tolérance, ce pluralisme, n’empêche d’ailleurs pas l’ostracisme entre juifs.

Est ce que ceux qui se disent « juifs laïcs » sont juifs ? Sûrement pas ! Et pourquoi pas?  Est ce que certains ultra orthodoxes (Haredim) qui ne reconnaissent pas l’état dIsrael, dont les femmes se déguisent comme des talibans, ou qui prennent  des positions extrêmes (par exemple en refusant le confinement du Covid 19) sont mes frères et mes sœurs? Peut être , sûrement.  Est-ce que ces gens que l’État d’Israël est allé chercher en Éthiopie et qui ont encore du mal à se faire une place dans la société israélienne et qui sont si différent sont juifs ? Oui c’est sûr.

Alors pour faire de l’humour (forcément juif) essayons un jeu de mots en disant que notre peuple est mosaïque.

Enfin pour ne pas me dérober à la question et synthétiser ma vision (celle d’aujourd’hui car je crois qu’elle évolue un peu tous les jours), je répondrai avec trois piliers de l’appartenance juive:

– am Israel, le peuple,
– torat israel,  la Torah,  je dirais le peuple du livre,
– et erets Israel, la terre d’Israël.

La réponse est dans la question

Par Samuel Madar

À première vue, je serais tenté de répondre qu’être juif, c’est transmettre notre histoire et ses valeurs, en perpétuant nos traditions. C’est là l’essentiel, mais j’ai décidé de répondre à cette questions sous un autre angle.  Qu’est-ce qu’être juif ? La réponse est en réalité dans la question : être juif, c’est se demander quel juif on est.

Chacun d’entre nous dans le monde souhaite donner un sens à son judaïsme et le comprendre. Là où la Torah est une et indivisible, le judaïsme est multiple et varié. C’est là toute son essence et sa force : le questionnement. L’une des explications peut provenir du fait de commenter nos textes. Contrairement à d’autres religions, nous avons décidé de ne pas accepter la signification des textes de la Torah à un simple niveau de première lecture.

Être juif, c’est chercher la complexité dans la simplicité et la simplicité dans la complexité. Plus intéressant encore : connaître son  identité juive est une quête individuelle qui se pratique collectivement car l’introspection, seule, ne suffit pas.

Être juif, c’est se remettre perpétuellement en cause même si on est d’accord avec soi-même. Le doute n’est pas seulement permis mais nécessaire. C’est un cheminement spirituel qui nous confronte à nos propres contradictions, individuellement, et face au monde devant nous.

Être juif, c’est le devoir d’être meilleur car on se sait observé par D. , même si on n’y croit pas ! On est juif devant son miroir et on est juif dans les yeux de l’autre. On se sent juif tout le temps et partout et pour cause : forts d’une Histoire sans pareille, nous portons chacun le poids d’un peuple miraculé qui a traversé les millénaires… Alors quelle est ma place de juif dans cette époque ? Ai-je mérité ce statut ? Comment l’assumer ? Suis-je un bon juif ? Toutes ces interrogations et tant d’autres viennent frapper nos consciences spirituelles.

J’en arrive à la conclusion qu’être juif, c’est réaliser que les questions sont souvent plus importantes que les réponses. Le questionnement instruit une réflexion. La réponse aboutit à une certitude. Socrate devait donc être juif: « ce que je sais, c’est que je ne sais rien ».

Être deux

Par Annie Bloch

Être juif, c’est aussi être exilé, qu’elle que soit la période de l’Histoire. Être juif c’est porter en soi une dualité de culture, de comportements, d’histoires, de réactions.

Quand un juif rencontre un autre, si l’Histoire est commune depuis Adam et Eve, Abraham, Isaac et Jacob… Chacun se pense dépositaire de cette transmission car il y a rajouté l’Histoire du Pays où il a vécu en parfaite schizophrénie. En exil, comportement social parfait avec l’autochtone, comportement parfait dans sa vie privée avec l’histoire de son judaïsme et de ses minhagim qu’il pense liés à la Halakha et qui bien entendu ne seront pas les mêmes lors de sa rencontre avec un juif.

Le juif exilé passe inaperçu dans le pays qui  l’a accueilli, tout au plus il peut passer pour original, sympathique, avec une certaine richesse culturelle, mais dès qu’il rencontre un autre juif, son pays d’exil passe au premier plan devient sujet de discorde voire de rivalité oubliant que l’Histoire juive est commune. Or cette dernière va diviser plus qu’elle ne va rassembler sauf si le pays d’exil a une certaine Aura.

Être juif c’est être d’accord sur la sortie d’Egypte, la libération de l’esclavage, mais plus du tout sur la façon de célébrer ces souvenirs, cette transmission, car c’est là que les coutumes interviennent prenant un certain pouvoir religieux et divisant les uns et les autres. Être juif c’est transmettre l’histoire du judaïsme de génération en génération à l’occasion, des fêtes, des naissances, des mariages, des décès et avec elle se transmet l’histoire de l’exil. Ainsi pour 2 juifs nés dans la même ville, leur histoire, leurs réactions et comportements vont être différents directement liés  à la transmission de la culture de l’exil, à laquelle ils ne peuvent échapper sans même l’avoir connue.

Être juif c’est transmettre ce que l’on n’a pas connu mais avec lequel on vit car c’est imprimé dans les gènes. Ainsi être juif c’est toujours être DUEL, être DEUX.

L’âme juive

Par Armelle Sztykman

Qu’est-ce qu’être juif? Cette fameuse question existentielle est récurrente… Je revois encore les gros titres du Point ou de l’Express qui ressortaient chaque année en France, tel un rituel: « Juif et Français ou Français et Juif? ». Comme s’il fallait faire un choix, comme si l’on ne pouvait pas revendiquer son appartenance à une nation et son appartenance à une religion.

Cette recherche d’identité a toujours accompagné le peuple juif car partout où les juifs se sont installés, on leur a fait comprendre qu’ils n’étaient pas à leur place à cause de leur religion (en allant même jusqu’a les exterminer).

C’est vrai que pour bon nombre de personnes, être juif c’est avant tout une appartenance religieuse… Mais c’est une définition très restreinte ! Pour moi être juif est bien plus que ça: on peut se sentir juif sans être religieux au même titre que le religieux qui se sent juif !

Être juif c’est être adepte d’un mode de vie, d’une culture certes elle-même centrée sur la religion mais appliquée à des degrés différents, de traditions inséparables de l’expérience juive à travers les siècles, c’est partager une histoire, religieuse ou non, que l’on transmet de génération en génération.

Je préférerais qu’on parle plutôt d’âme juive, définie ici comme coeur et esprit du peuple juif.

Un maillon d’une chaîne

Par Babeth Maarek

Être juif c’est :

Une appartenance à une tribu, un peuple qui vit selon les lois de la bible,

Une façon de vivre, des références culturelles, cultuelles et être attaché aux traditions de nos ancêtres divers et variés,

Un maillon d’une chaîne magnifique de 5780 ans, qui nous permet de recevoir et de transmettre les valeurs du judaïsme,

Respecter les dix commandements qui représentent à mes yeux les fondements de la relation humaine,

Encourager, soutenir, participer au développement du jeune état juif : Israël,

Savoir se remettre en question et sans cesse se poser des questions.

J.U.I.F.

Par une fille de 8 ans

Jadis, car on se rappelle de notre histoire ainsi que les juifs qui ont combattu pour notre peuple et pour rester juif.

Unité car nous n’avons qu’un seul Dieu et nous formons un peuple, nous avons beaucoup de choses en commun.

Israël car ce pays est le pays des juifs, c’est notre deuxième maison.

Famille car nous les juifs, formons une famille et nous pouvons tous nous aider.

Pourquoi?

Par Elie Ohayon

Pourquoi ne comprend-on la lumière que par les ténèbres ?

Comment continuer à voir la lumière dans la pire des obscurités ?

Comment fait-on revivre une langue «morte » après tant de morts ?

Comment fait-on pousser des roses dans le désert ?

Pourquoi une montagne minuscule pour un message immense ?

Comment ce message est-il si singulier et pourtant universel ?

Pourquoi cette obsession de la transmission ?

Pourquoi élever le respect des parents au même niveau que celui de D…?

Pourquoi sans passé ni futur le présent n’est-il que ruine du monde ?

Pourquoi l’Amour sans la Loi étouffe ?

Pourquoi la Loi sans l’Amour étrangle ?

Comment peut-on être si ancrés et, en même temps, toujours prêts à partir ?

Pourquoi tout ne serait-il que vanité ?

Comment voir dans le soleil qui se lève un miracle chaque jour renouvelé ?

Comment continuer à créer du neuf sous ce soleil ?

Comment fait-on pour durer ?

Comment être quand tous vous refusent ce droit ?

Pourquoi l’espoir fait vivre ?

Pourquoi voit-on mieux les choses sur l’Autre Rive ?

Pourquoi la question vaut-elle toujours plus que la réponse ?

Pourquoi toutes ces questions ? Pourquoi ?… Je suis juif.

Être et agir

Rabbin Michael Azoulay

Qu’est-ce qu’être juif? Je répondrai en deux temps mais pas trois mouvements. Tout d’abord, « s’interroger sur l’identité juive, c’est déjà l’avoir perdue. Mais c’est encore s’y tenir, sans quoi on éviterait l’interrogatoire…

Or, « on est dans le judaïsme, comme on est en soi même », Emmanuel Levinas dans Difficile liberté.

Être juif c’est d’abord être avant même d’adhérer à des croyances ou à des pratiques, comme l’affirmait Benjamin Gross. L’être juif est indicible car il relève du vécu, du ressenti, de l’expérience.

Ensuite vient la vocation c’est-à-dire le désir de définir ce qui caractérise cette identité, ce qui la différencie des autres identités. Mais là aussi point d’identité juive sans engagements dans le réel,dans le relationnel. Eliane Amado Levy-Valensi définissait le judaïsme comme une « philosophie en actes ».

Être juif c’est donc être et agir.

L’amour des mots

Chantal Blaska

Si tu ne sais pas d’où tu viens, tu ne sais pas où tu vas!

Je me suis interrogée sur cette phrase et j’ai cherché…

Moi, de confession juive, de parents ayant vecu la Shoah.

Mes parents étaient juifs dans leur cœur et dans leur âme, mais leur culture ne s’est pas orientée vers une connaissance des textes bibliques, ni l’observance de rites religieux.

Je ne fus pas du tout élevée dans le judaisme religieux, mais toujours dans la connaissance pour resister à l’indifference, à la domination d’autrui sur nos esprits.

Du plus loin que je me souvienne, mes parents venus de Pologne, parlant le Yiddish, ont travaillé pour l’intégration mais pas l’assimilation.

Mon rapport à la foi juive est moins de l’ordre de la croyance mais plus du mode de vie, le judaïsme pour moi, c’est vivre mais ne jamais oublier.

Être juive, c’est ce qui me lie à l’autre, comme dit le Levitique, Ne sois pas indifferent au danger de ton prochain.

Le monde repose sur trois choses, la Torah, donc l’enseignement, le travail donc l’effort, et la bonté.

Maintenant, mon judaïsme, c’est la découverte du midrash, la jubilation à étudier, et maintenant, la passion du texte, le bonheur de lire certains textes de rabbins qui m’aident à revenir à mes racines inconnues (M.AOUAKNINE, STEINSALTZ,  de grands maîtres).

L’amour des mots, mais aussi toujours pour moi, le questionnement.

Dans les Pirke Avot, michna 3, Ben AZAI
« Ne méprise aucun homme, car il n’y a pas d’homme ni de chose qui n’ait sa place »

Je fais miennes ces paroles, le combat est encore tres difficile, mais c’est cela être juive !

L’arbre et ses fruits

Colette Madar

Quelques phrases pour définir ce qu’est être juif ? Un défi…

Je crois qu’être juif , c’est comme un arbre. Un arbre qui a des racines, un tronc et de nombreuses branches. Chaque juif est une branche de cet arbre. Les feuilles prennent des couleurs différentes car le juif n’est pas unique et les enfants sont tous des fruits de cet arbre, ils sont ce que l’arbre produit de plus beau.

Les racines sont des fondamentaux du judaïsme : la communauté bien sûr qui trouve sa source dans le miniane. Être juif c’est être avec l’autre et avec lui partager , échanger , étudier , prier.

Viennent ensuite la construction et l’étude. Être juif c’est, à l’image les enfants du seder de Pessah, toujours se poser des questions, toujours les solliciter et toujours chercher des nouvelles réponses à ces questions . L’essentiel est plus le questionnement que la ou les réponses.

Enfin être juif c’est aussi et surtout transmettre ses valeurs et sa culture bien évidemment, avec sensibilité et force. Cette transmission, pilier fondamental du judaïsme est à la fois matérielle et intellectuelle. Tels les tefilines qui relient le bras actif et le cerveau pensant, être juif c’est à la fois réfléchir et agir.

Et nous en venons à notre tronc qui est la Torah que nous avons reçue. Elle est ce que tous les juifs ont éternellement en commun et on ne peut être juif sans elle. Être juif c’est s’en nourrir par toutes ses facettes et tous ses éclairages et ne pas la réduire à ses seuls commandements, car il n’en ressortirait que de l’obscurantisme. Être juif c’est, et particulièrement en diaspora, l’être dans son mode de vie (le chabbat , la cacherout, les fetes etc.. mais ça n’est pas une fin unique) et dans sa quête de la compréhension, ce qui passe inéluctablement par une lecture des textes en recherchant leur sens. Les 2 sont nécessaires : ne pas se contenter de pénétrer la Torah car ça n’est qu’un simple exercice, mais accepter de se faire pénétrer par elle car là commence l’engagement.

Quant aux branches et à leurs feuilles , elles représentent la pluralité du judaïsme. C’est là que l’enchevêtrement des branches se déplace trouvant toujours un équilibre : la famille, la fête, la table, la musique ,la communauté, la tradition partenaire de la religion, lsrael et le sionisme, la culture et bien sûr l’Histoire, notre histoire dont nous sommes les héritiers de génération en génération, où que nous soyons, quelle que soit notre langue, ou notre temps .

Pour se construire il faut savoir d’où nous venons…
Et les fruits sont… notre avenir, l’assurance de notre pérennité, pour l’éternité.

Sept

Deborah Ezra

Qu’est-ce qu’être juif ? Voilà une question qui doit avoir autant de réponses que le nombre de juifs sur terre ! En y réfléchissant, 1001 idées me sont venues à l’esprit. Pourtant, sept d’entre elles en sont ressorties plus fortes. Les voici :

1) Tout d’abord la fierté. La fierté d’appartenir à ce merveilleux peuple qui brille par sa sagesse, son amour du prochain, sa bienveillance et sa clairvoyance.

2) Le deuxième élément est l’appartenance. Ce sentiment d’appartenance à cette grande famille qui, de générations en générations, applique les mêmes règles, respecte les mêmes lois de façon ancestrale.

Quelle émotion j’ai pu avoir lors de la brith mila de mes fils ou à la nomination de mes filles, en comprenant que mes enfants allaient rentrer dans le peuple d’Israel au son des mêmes prières, des mêmes chants, des mêmes gestes que mes parents, mes grands parents et que chaque membre du peuple juif a également eu. Telle une grande famille, nous suivons les mêmes enseignements. Selon l’origine que nous avons, seule la tradition changera, mais chaque mot prononcé sera le même, où que nous soyons et quelle que soit la période dans laquelle nous vivons.

3) La fraternité , la famille. La transition est donc naturelle.
Où que nous soyons sur la planète, le fait de croiser un juif nous rapproche de lui de fait. Et comme avec un membre de notre famille, les notions d’entraide et de fraternité sont donc naturelles.

4) L’Histoire, avec un grand H.
Plus de 3000 ans d’Histoire nous précède. Cette même histoire que nous racontons inlassablement à nos enfants, au rythme des fêtes et des parashiot. Cette Histoire qui est retranscrite tant par oral que par écrit, nous rappelle sans cesse qui nous sommes, mais aussi comment les autres nous voient. Elle est l’essence même de la transmission à nos enfants. Tu enseigneras à tes enfants et tu raconteras.

5) Les bénédictions. Dans le Judaïsme,  je considère la bénédiction comme un des piliers de son fondement.
Tout au  long de notre vie la bénédiction nous accompagne. Depuis notre naissance , il n y a pas un jour où nous ne recevons pas, ou ne donnons pas de bénédictions. Que cela soit des parents vers leurs enfants, ou que nous la prononcions dans nos prières quotidiennes, ou encore avant de manger chaque aliment . La reconnaissance envers Hachem est infinie.

Être juif, c’est donc aussi reconnaître qu’il y a cette puissance divine qui nousentoure et à qui la prière et les bénédictions sont consacrées.

6) Les valeurs. La Torah qui nous a été confiée nous dicte les consignes à suivre dans notre quotidien.
Mais quel livre nous donne autant de sagesse, et de bienveillance ?
L’étude de la Torah nous permet d acquérir bien plus que des règles à respecter. Elle nous donne les clefs de la réussite. À travers son étude, ses questionnements, son analyse, nos sages ont pu sortir des valeurs inestimables de sagesse, de respect, de justice et d’honnêteté. Être juif, c’est aussi savoir respecter ces valeurs et les porter .

7) J’en viens donc à mon dernier point qu’est : la responsabilité .
Être juif, c’est également avoir conscience de ce patrimoine qui nous a été donné, et essayer d’en être responsable pour le préserver, le respecter et le transmettre. C’est à travers l’éducation que nous allons donner à nos enfants l’exemplarité que nous devons avoir, que nous continuerons à faire perdurer cet héritage … vieux de plus de 3000 ans.

Je me rends compte alors que je vois le judaïsme, entre autres, à travers sept aspects, sept branches : La fierté, l’appartenance, la fraternité, l’Histoire, les Bénédictions, les valeurs et la responsabilité.

Tout comme la Menorah, qui doit être construite en un seul bloc, mais fait fleurir sept branches.

Je vois donc le fait d’être juif comme cette Menorah qui ne fait qu’un, mais qui, à travers ces 7 aspects, diffuse une lumière spirituelle, source de vie pour tout Israël mais aussi pour toute l’humanité.

La douceur du rituel

Esther Flak

Ce matin, je pétrissais mes hallot, comme d’habitude à la main et avec amour. Pétrir des hallot à six mois de grossesse, ce n’est plus aussi facile.  Pourtant je continue.

Pourquoi ?
Peut être par tradition, par plaisir, pour continuer cette chaîne de transmission.
Pendant que la pâte lève, je réfléchis à cette question, puis à l’autre, plus large, plus écrasante, la question qu’on se pose toute sa vie sans jamais vraiment réussir à l’appréhender totalement ni à y répondre : “qu’est ce qu’être juive pour moi” ?

En bonne cartésienne, je réfléchis à un plan en trois parties, partant du général au particulier. Cela commencerait par une vision répandue de la religion avec la prépondérance de la tradition, le shtreimel, le rythme des prières, puis je continuerais avec les valeurs qui imprègnent le judaïsme, l’importance de la morale, du respect de son prochain. Ici, je parlerais aussi de la notion de peuple choisi, (le “am segoula” ) et du “tikkun olam”, la réparation du monde par nos bonnes actions. Enfin, je concluerais par l’impact du judaïsme sur moi au quotidien : comment j’essaie d’appliquer ces valeurs dans ma vie, d’étudier les textes fondateurs pour les assimiler et transmettre leurs messages à mes enfants.

Transmettre, c’est finalement le concept clé que j’aimerais souligner, qui rassemble tout le reste. Mes hallot qui montent sont le résultat d’un héritage débuté lors de l’époque biblique, une chaîne que j’essaie de perpétuer à ma manière.

Soudain, je pense à une histoire hassidique, qui illustre bien l’importance de la transmission dans le judaïsme.

Jadis, quand le Baal Shem Tov avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et récitait une prière silencieuse ; ainsi il trouvait la réponse à sa question.

Quand, une génération plus tard, le Maggid de Meseritz se trouva confronté au même problème, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, mais nous savons encore dire la prière » ; et ce qu’il avait à accomplir se réalisa.

Une génération plus tard, un autre Rav  eut un défi similaire. Lui aussi alla dansla forêt et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, nous avons oublié la prière, mais nous connaissons encore l’endroit précis dans la forêt où le rituel se passait, et cela doit suffire » ; et ce fut suffisant.

Mais quand une autre génération fut passée, le Rav désemparé resta dans sa maison, assis sur son fauteuil, et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l’endroit dans la forêt, mais nous avons encore raconter l’histoire de nos ancêtres et de leurs traditions » ; et le récit des traditions qu’il avait conservé en sa mémoire et en son cœur eut le même effet que les pratiques de ses prédécesseurs.

Cette histoire, que mon père me racontait quand j’étais petite, prend maintenant pour moi un résonance toute particulière. Ce commandement de “Zakhor” (souviens-toi), a pour moi une place prépondérante dans ma manière d’être juive. On se souvient de notre identité, de nos valeurs et de notre relation avec D.ieu. On se souvient de nos aînés et on essaie de marcher dans leurs traces, de continuer leur héritage. Dans cette histoire, on oublie parfois les rituels, l’origine des traditions, mais on se souvient toujours de l’émotion qu’ils procurent. Lors du seder de Pessah, nous revivons la sortie d’Egypte, lors du tressage des hallot, nous créons une connexion avec nos ancêtres via les odeurs, la texture et la douceur du rituel.

Ne vous trompez pas, je voudrais aussi transmettre à mes enfants l’importance de l’étude, de la prière et de la pratique religieuse en général, mais le transmettre  de manière à ce qu’ils comprennent l’essence de cette pratique, la pensée derrière le geste.

Être juive pour moi, c’est poser chaque jour des questions comme le soir du seder de Pessah, c’est comme cette nuit là où tout est différent de d’habitude, surtout m’émerveiller à chaque instant.

Habitant en Israël depuis quelques années, je relie de plus en plus mon judaïsme à la Terre. J’essaie, tous les jours en me réveillant, de prendre conscience de la chance que j’ai de vivre en Israel, de m’enivrer des parfums de la mer, des épices, de m’éblouir de soleil, d’être entourée d’exclamations en hébreu.

Je dis “j’essaie”, parce que ce n’est malheureusement pas vrai tous les jours. La plupart du temps, je me laisse prendre par le tourbillon de la routine et j’oublie de regarder ce qui m’entoure.

C’est finalement le confinement forcé dû au Covid-19 qui m’ouvre les yeux. Ma rue, si banale, est en réalité une oasis verdoyante dans Tel Aviv. Je m’émerveille, ou en d’autres termes j’ai de la gratitude pour Hashem, devant le vert des arbres, le rose et le blanc éclatant des fleurs, la douceur du vent.

Être juive pour moi, c’est être heureuse et reconnaissante d’appartenir à unpeuple millénaire, unique, fragmenté mais uni. C’est avoir des débats interminables sur des mots écrits il y a des générations, mais toujours aussi actuels et impactants. C’est me confronter à des textes, à une langue, à des commandements et de les ramener à mon quotidien. Être juive, c’est me reposer chaque shabbat, prier en allumant les bougies, et enfin pouvoir manger ces hallot, pétries avec tant d’amour et d’abnégation.

Être soi-même

Finkus

Je suis incapable de vous décrire ce qu’est « être juif »

Mais je sais comment et pourquoi je le suis :

 Des parents et grands-parents juifs , 100% ashke

Des repas de Chabbat chez ma grand-mère

Fan de gefiltefish et de gâteau de fromage de ma mère, puis de ma sœur

99% de mes amis sont juifs

De 7 a 12 ans aux EIF

6 années de Talmud Torah et Bar Mitzva à la Victoire

De 17 a 22 ans mono puis adjoint au CCVL (avec André et Gaby comme directeurs, vous imaginez !)

Aller passer un Chabbat dans une colo Moadon

Avoir participé à des mouvements de jeunesse

Avoir fait partie de l’Union des Etudiants Juifs de France

M’investir depuis 20 ans dans Moadon pour aider nos jeunes

Haïr les antisémites

Aimer Israël depuis toujours

Être fier de voir la place qu’a pris Israël dans le monde en seulement 72 ans

Défendre Israël à ma façon et coûte que coûte

Vouloir aller vivre en Israël

Partager ma vie avec une femme qui pratique la religion et ses valeurs comme j’aime

Aimer faire les grandes fêtes et les Chabbats en famille et avec ceux que j’aime

Aimer être present à des offices à la syna Moadon (en vrai : pour voir mes amis)

Participer à la syna, quand on me le demande !

Ne pas avoir honte de ne pas savoir prier

Écouter Haîm Korsia

Manger un falafel rue des Rosiers ou à Tel Aviv

Faire le birkat en groupe

Aimer chanter des chants en hébreu en groupe

Aimer aller à un mariage, une Brit ou une Bar/Bat Mitzva

Chanter et danser sur des musiques Israéliennes

Avoir une « playlist » de musique israélienne sur mon I-phone

Écouter Radio J et Radio Chalom dans la voiture (75% du temps)

Avoir les boules de ne pas savoir parler hébreu

Pleurer quand je regarde La liste de Schindler

Se sentir fort et fier quand j’entends  la Hatikva

Aimer entendre les noms des juifs célebres

Admirer ceux qui ont créé et construit l’état d’Israel de 1948 à nos jours

Adorer le cinéma et les séries israéliennes

Avoir deux moteurs : ma liberté et avancer, aller plus loin

Être soi-même et agir

Transmettre « tout ça » à mes enfants

Partager « cette culture » et mes émotions avec tous ceux que j’aime

Pour toutes ces raisons et j’en ai certainement oubliées :

J’ai le sentiment tellement fort de faire partie du Peuple Juif

C’est ma façon à moi d’être juif et fier de l’être.

Une part d’héritage

Frederic Tubiana

Et si être juif c’était tout simplement ÊTRE ? (sauf peut être les seph pour lesquels c’est AVOIR). Ça va je déconne, c’est ma moitié ashké qui veut toujours régler des comptes avec ma moitié tune.

J’ai mis très longtemps avant de me poser cette question comme si elle n’existait pas. Ici, pas de déni. Simplement l’évidence d’être juif qui ne méritait pas de questionnement.

Pas de culture religieuse chez moi. Petit fils d’un grand père communiste, je fréquentais davantage la bourse du travail que la yeshiva. Pas de Chabbat à la maison, pas davantage de Kippour, encore moins de Pessah. Aux EIF, je ne comprenais pas tout aux offices du Chabbat, plutôt dissipé, il faut dire que ma Bar Mitzva n’était pas à l’ordre du jour. Avec mon frère, nous voulions la faire…pour ressembler aux copains sans plus de conviction.

Ma Bar Mitzva, je l’ai faite à 40 ans. Je faisais Kippour depuis 10 ans déjà. Un peu dans le désordre, je cheminais vers l’être que je suis devenu. Je n’ai pas dit accompli, je dirai plutôt inachevé et conscient d’aller vers un être intérieur qui se questionnait sur sa judéité. Sans avoir trouvé de réponse, si tant est que j’en trouve un jour, mais la question suffit à mon cheminement.

Dans l’Ethique, Spinoza écrit sur le concept de substance j’entends ce qui est en soi et se conçoit par soi : c’est-à-dire ce dont le concept n’a pas besoin du concept d’autre chose, d’où il faille le former.

C’est bien Baruch Spinoza pour essayer de définir sa Judeïté. Le paradoxe, c’est que le mec s’est fait excommunier de la communauté parce qu’il prenait trop de libertés avec la pratique du Judaïsme.

Mon questionnement est le suivant. Suis-je juif par moi-même ou par les autres ? Je ne parle pas ici de notre histoire, de nos tragédies, de nos errances, de nos persécutions, de notre culture ou plutôt de nos cultures, de nos textes à qui les autres religions et les philosophies ont tant emprunté, non je parle de mon être. Qu’est-ce qui me fait juif ? La circoncision ? Allons, ce n’est pas suffisant. D’autres le sont. J’exclue la religion, je suis athée tendance agnostique.

Avoir entendu parler Yiddish durant toute ma jeunesse, m’empiffrer des bubeleh de ma grand mère avant de me ruer sur les boulettes tunisiennes de mon autre grand mère (les meilleures du monde, seuls les tunes le savent), comprendre qu’un drame se jouait en Israël en écoutant les discussions de famille en 1967, l’atelier de couture de mes grands parents, la Menorah qu’il yavait à la maison ? Sans doute. Mais aussi beaucoup la transmission d’autre chose, comme une sorte d’état de conscience d’être, de vivre, de tout surmonter et de transmettre… Il y a une forme de résilience dans ma judéïté. Comme une forme d’identité aussi qui englobe et dépasse peuple, culture et religion. Identité au sens de ce qui est un, unique et identique à soi-même. Je crois que je m’approche ainsi de la définition la plus juste de ma façon d’être juif. Si je suis moi-même, je suis juif. C’est peu et c’est déjà pas mal d’être soi. C’est confortable en tout cas et ça ne fait la fortune d’aucun psy.

Je fais Kippour sans prier, parce que je suis juif. C’est comme ça. C’est long le jêune quand on ne prie pas (et pour paraphraser Woddy Allen, c’est comme l’éternité c’est long surtout vers la fin).

Mes enfants ne sont pas juifs parce que leur mère ne l’est pas. Pourtant mes trois enfants jeûnent et font Kippour. Sont-ils juifs une fois par an ? Ou bien le sont-ils par transmission, par héritage identitaire ? Ils n’ont pas demandé leur part d’héritage, pas encore du moins, et pourtant ils héritent de cette part de moi-même. Il y a là une autre forme de ma judéïté et celle-ci nous est commune. Nous transmettons à nos enfants notre judéïté quelle que soit sa forme et son questionnement. C’est peut être ce qui nous distingue des autres. Tous les parents vivent pour leurs enfants. Nous, nous vivons par nos enfants.

Vous connaissez Philippe Lellouche, excellent comédien, réalisateur, scénariste. Il a écrit un livre drôle, insolent et sans prétention « J’en ai marre d’être juif, j’ai envie d’arrêter ».

Pas moi.

Tu verras, c’est en toi

Frederic Zantman

Être juif c’est être.

Être juif c’est une émotion, un parfum, une conscience, une mémoire, une envie si forte de transmettre. Être juif c’est aimer la vie plus que tout, une espérance tenace, c’est refuser la mort, un désespoir mêlé avec le temps qui va. C’est aimer la douceur de l’air sur son visage, le début du printemps, caresser les flocons de neige en voulant les garder dans ses mains pour qu’ils ne fondent pas, c’est croire que la vie est plus forte que la mort.

J’ai attendu l’âge de vingt ans pour ressentir et comprendre le sentiment d’être juif, en quelques instants seulement, en rentrant dans la belle synagogue de la rue Montevideo, un office qui s’est prolongé par une invitation à partager le Chabbat avec la famille du Rabbin. Être juif c’est mesurer l’immensité de la barbarie qui a conduit au massacre de millions d’êtres humains, d’enfants… et ne jamais oublier jusqu’où la folie peut aller.

Être juif c’est aimer la liberté, la culture, la science, la poésie, la musique, la cuisine, la peinture, rire en racontant des histoires drôles, déguster un verre de vin et le partager avec des amis, c’est aimer sa femme, ses enfants plus que soi.

Être juif ça ne se discute pas, c’est dans tes tripes, c’est accepter l’autre tel qu’il est, avec ses contradictions, ses convictions, sans renier ses sentiments personnels.

Être juif c’est une histoire collective et personnelle, une histoire universelle et singulière.

Être juif c’est lire le nom de ma famille sur le mur du mémorial de la Shoah et aimer Rabbi Jacob…

Être juif c’est une sensibilité, c’est se sentir juif en aimant la laïcité, refuser les communautarismes.

Être juif, c’est se tenir droit, tendre la main à l’autre, c’est une respiration permanente, des silences qui sont tellement beaux que les partager vous renforce.

Être juif, c’est être ému à chaque fois que des amis vous ouvrent leur porte pour Chabbat, c’est laisser couler ses larmes et aimer leur goût, c’est prendre la main d’un enfant à chaque instant, une main symbolique qui est peut-être votre propre main, pour être juste et fidèle.

Être juif c’est trouver en soi une force inouïe pour défendre l’autre et ne jamaisrenoncer

Être juif c’est aimer l’imagination, le désir, l’amour, les petites choses de la vie et l’immense.

Être juif, c’est écrire sa vie chaque jour avec respect et dignité, c’est aimer au- delà de tout Simone Veil, Robert Badinter, Diderot, Albert Cohen, Elie Wiesel et Marcel Proust, c’est trouver délicieux le gefilte fish, aller rue des Rosiers, parler Yiddish, avoir des amis séfarades pour la vie, les aimer, c’est raconter des histoires drôles sur les ashkénazes, c’est aimer Israël même si mon pays est la France, un héritage et une fierté.

Être juif c’est une identité et accepter les différences.

Être juif c’est une force invisible qui m’habite alors que nous ne pratiquions pas à la maison.

Être juif c’est ma vie et un sentiment, ne pas parler hébreu mais aimer cette langue, c’est une courte conversation avec mon père qui m’a dit « Je suis juif, tu verras c’est en toi ».

Être juif c’est regarder Solal et Simon, mes fils tant aimés dans les yeux de ma femme Sibylle.

Je suis juif.

En mémoire à Jacob et Rivka

Je suis un juif de France

Gad Weil

Je suis né et mourrai juif.
Je suis juif jusqu’au bout de mes fibres.
Je suis juif jusqu’au bout de mon âme.
Je suis juif par ma vie et mes actes.

Je suis également français.
Je suis aussi républicain.
L’un et l’autre farouchement.
L’un et l’autre jusqu’à ma fin.

Alors enfant du judaïsme et de la république,
Alors porteur de valeurs d’universalité,
Alors ayant reçu cette double exigence en héritage,
Alors je suis un juif français qui doit réparer le monde.

Je suis juif et français, de cette terre d’Alsace-Lorraine

ou mes aïeux furent rabbins ou marchands de bestiaux.

Je suis Rachi et le Capitaine Dreyfus
Je suis le rabbin Abraham Bloch
Je suis André cItroën  et Léon Blum
Je suis Simone Weil et Simone Veil
Je suis Jules Isaac et André Neher

Je suis un juif de France qui chante la Marseillaise avec les larmes aux yeux et la Hatikva avec les larmes au cœur. 

Le fil rouge

Pascale Bensimon

Être Juif ? c’est appartenir à un peuple qui a sa Torah, son histoire et son pays. Juif, C’est un mot qui résonne de génération en génération tel un fil rouge qui ne doit jamais casser .

C’est le livre de prières d’un arrière arrière-grand-père qui était peut être Rabbin en Pologne.

Ce sont les boulettes de kneidler de ma grand-mère qui avait perdu la foi mais tenait à ce repas de fête. C’est ma première maguen David, offerte par mon autre grand mère.

Ce sont les frissons que je ressens lorsque j’entends du yiddish,

et le malaise que je ressens lorsque j’entends de l’allemand.

C’est ma première fois au Mur des Lamentations.

C’est la boîte de matsot achetée pour Pessah par mes parents non pratiquants pour marquer le coup.

C’est décider de faire ma Bat Mitzva en cachette et tomber amoureuse d’Israël à l’âge de douze ans.

C’est découvrir qu’il y’a pleins d’autres juifs achkénazes comme moi mais aussi sépharades lors d’une colonie.

C’est pleurer en écoutant une chanson en hébreu trop émouvante
sous la Houpa de mes enfants.

C’est être émue de voir le premier pain de Chabbat réussi de mes filles avec ma recette.

C’est voir mon petit fils attendre avec impatience de poser ses mains sur ce pain tous les vendredis et d’écouter son papi faire le Kiddouch. C’est regarder mes petites filles allumer les bougies de Chabbat.

Juif c’est le fil rouge qui traverse nos générations.
Sans jamais cesser la transmission.

Comme le disait Léon Ashkenazi ( Manitou) :

« Est juif celui dont les enfants restent juifs ».

De génération en génération

Richard Odier

Être Juif c’est choisir la vie.

Être juif c’est une « extrême conscience » qui nous impose en permanence une recherche de « justice juste » .

Être juif c’est comprendre aussi le premier sens de nos Textes, et de défendre, la veuve, l’orphelin, et l’étranger.

Être juif c’est ainsi l’incapacité de la stagnation ; être en mouvement, sortir de sa tente pour se confronter aux enjeux du moment.

Être juif c’est intégrer cette notion de « Momentum » pour répondre présent dans les combats d’aujourd’hui.

Être juif c’est savoir écouter, et se le dire tous les jours.

Être juif c’est l’injonction permanente de pouvoir remercier l’Autre.

Être juif c’est l’interdiction absolue de se résigner.

Être juif c’est se questionner, et ainsi refuser toute dictature ou tout fatalisme.

Être juif c’est se rappeler que tout Homme est un « Prince », et un « Témoin » et la pire des attitudes est de ne pas se sentir responsable de cela.

Être juif c’est se rappeler jour et nuit que le judaïsme est une « Loi » révélée.

Être juif c’est porter la Voix d’Israël et le Silence d’Auschwitz pour en faire une voie vers la liberté.

Être juif c’est porter ses valeurs de génération en génération avec un optimisme et une « extrême vigilance ».

Le plus beau des spectacles

Sara Brownstein

Qu’est-ce qu’un Juif ? Serait-ce quelqu’un qui observerait scrupuleusement les commandements ? Cela signifierait alors que celui qui ne les observe pas ne serait pas juif mais cela ne saurait être car il existe trop d’exceptions pour confirmer cette règle.

Serait-ce alors plutôt quelqu’un qui, laïc ou religieux, se définirait par des critères éthiques et moraux ? Cela signifierait alors que celui qui n’est pas juif en serait incapable mais cela ne saurait être car nous connaissons tous des Justes des Nations.

Serait-ce quelqu’un qui s’engagerait politiquement, socialement, se sentirait solidaire d’un peuple, d’une destinée, d’une histoire, d’une mission ? Cela signifierait alors que celui qui ne connait pas l’histoire ou vit isolé des siens ne pourrait être compté parmi le peuple. Or cela ne saurait être, demandez-en confirmation aux antisémites.

Quatre fils à Pessah nous apportent une réponse par la question même qu’ils nous posent, comme c’est souvent le cas dans le judaïsme, car tous différents, ils font partie intégrante de notre récit, telles des perles irisées, aux couleurs changeantes d’un même collier.

Quatre espèces à Souccot démontrent le lien qui nous rattachent, chacun d’entre nous, à un destin commun, l’une d’elles viendrait à manquer que nous ne pourrions dire la bénédiction requise.

Alors que sommes-nous ?Imaginons un funambule qui marcherait en équilibre, armé de sa longue perche, outil précieux pouvant parer sa chute, oscillant entre le monde d’en bas et celui d’en haut, allant droit devant lui, le temps d’une vie, ce pont étroit décrit par notre roi David. Et ce funambule pose avec précaution, avec délicatesse, un pied devant l’autre, attentif, sans cesse aux aguets, surveillant les signes qui le préviendront du danger imminent d’une minuscule erreur. Penchant tantôt vers le monde matériel et tantôt vers le monde spirituel, il rétablit l’équilibre, intégrant ces deux entités en son centre, improbables partenaires, pour continuer d’avancer. Ces deux aimants sont puissants, l’attirant tour à tour mais il se doit de les maitriser, de les dompter, de les apprivoiser et surtout de les faire cohabiter.

Le juif serait donc celui qui défie les lois de la gravité, qui réconcilie les forces de l’univers pour survoler très haut les toits de nos demeures, les rues de nos vies, les ghettos de l’Histoire. Il serait celui qui entrevoit si ce n’est que l’espace d’un instant l’infiniment grand pour ensuite s’extasier devant les créatures de l’infiniment petit.

Un juif serait celui qui offre à tous le plus beau des spectacles, celui au cours duquel nous retiendrions notre souffle, nous fermerions nos yeux, nous ririons de soulagement lorsqu’il atteint indemne l’autre côté ou nous verserions des larmes amères s’il lui arrive de chuter.

Être juif reviendrait donc à faire rêver car depuis la nuit des temps, il ne cesse d’avancer, il traverse l’obscurité, puis réapparait sous l’éclat des projecteurs, quelque soit sa langue, son habit, son époque ou sa profession, il rentre en scène encore et toujours, sous les vivats ou les huées, il est Le Juif, pour toute l’éternité.

Transmettre

Sasha Benichou

Quand on a seulement 16 ans c’est difficile de répondre à la question « qu’est ce que c’est d’être juif? ». Le judaïsme est une religion qui s’apprend au quotidien. D’après ma propre expérience en tant qu’adolescente juive, je suis reconnaissante que l’on m’ait transmis cette si belle religion, d’une grande rareté.

Être juif, c’est savoir transmettre des valeurs, transmettre pour que la religion puisse continuer à évoluer et à exister car la population juive est très diminuée.

Je pense que le partage et le rassemblement de la communauté contribuent également à la religion juive. Elle permet notamment de se réunir en famille chaque vendredi et de partager un repas de Chabbat.

Les nombreux actes antisémites ont permis aux juifs de se soutenir, de se comprendre. Les juifs c’est une grande famille dans laquelle il n’y ni guerre ni conflits, seulement des partages, de la transmission, de belles valeurs, et des chants.

Ce n’est pas toujours facile d’assumer d’être juif, de nombreuses peurs en sont les obstacles mais je me sens tellement chanceuse aujourd’hui d’être une femme juive. C’est une religion magnifique, la première religion avec un peuple qui ne cesse de la transmettre à ses prochains, une religion qui ne s’éteint jamais.

Le judaïsme, ce n’est pas seulement des prières, c’est aussi des moments de festivités et de joies comme la Bar Mitzva. En septembre dernier, mon frère a fait sa Bar Mitzva , un moment inoubliable qui m’a permis de revoir ma famille éloignée.

L’histoire du judaïsme est passionnante et j’en apprends chaque jour.

Le peuple juif est un peuple courageux qui a vécu des périodes de haine et de discrimination pourtant il s’en est toujours sorti.

Cette religion est une partie de moi et je ne la remplacerais pour rien au monde.

Inside man

Serge Uzzan

Je suis rousse et alors ?
https://youtu.be/x3hPrUQ9wNU : Est-ce que vous vous souvenez de cette pub George Killians d’il y a plus de 30 ans ?

Être juif c’est un peu ça, c’est une différence qui « saute aux yeux » même si elle n’est pas, en l’espèce,  physique pour nous. C’est la première chose que l’on voit chez nous, un prisme au travers duquel on nous juge parfois bien mais le plus souvent mal.

Je ressens depuis toujours cette différence.
On est comme eux mais en même temps, comme dirait l’autre, pas comme eux.
Alors comment vit on avec cette différence ?
Plus on avance dans l’âge, plus on cherche à la comprendre, l’analyser souvent avec l’aide des textes et de la spiritualité. On peut la masquer jusqu’à entendre des remarques antisémites sans réagir de crainte d’être démasqué. Ou on peut l’afficher très ostensiblement par des signes extérieurs de judéité, vestimentaires par exemple : les fameux men in black.

Je suis juif et alors ?
On ne se cache plus aujourd’hui.
On provoque.
On parle fort.
On porte la kippa et les tsitsith dans le métro.
On se croit légitimement protégé par le calvaire de nos anciens.

Exprimer voire revendiquer une différence n’a de sens que si on la nourrit par de bonnes raisons autrement dit des valeurs et des actes.
Lesquels ? Combien me direz vous ?
Les 613 mitsvot, les 10 commandements nous dit la Torah.
Et si on ne devait en retenir qu’un, tout concentrer dans une USP ?

« Inside Man » est un de mes films préférés.
Pendant tout le film on cherche la motivation du braqueur joué par Clive Owen, motivation qui n’est visiblement pas financière. Et à un moment le braqueur lâche à l’inspecteur de police avec lequel il négocie (Denzel Washington) : « Respect is the ultimate currency »
J’adore cette citation.

Et si la valeur suprême du judaïsme ce n’était pas le respect ?
Des parents, de soi, des autresde la planète, de la parole, …

L’héritage

Stephane Attal

C’est quoi être Juif?

Cette question je l’ai posée à ma mère à l’âge de 8 ans quand je suis revenu avec un oeil au beurre noir mais que mon « camarade » avait 2 dents cassées. Par moi, le sale juif qui ne savait pas ce que c’était, mais qu’une force immanente m’enjoignait de contester, combattre, de m’indigner, de résister de demander à mes parents de venir voir le directeur de l’école primaire de la rue Paul Baudry dans le 8ème arrondissement.

Un arrondissement bourgeois avec son église, ses loden verts, ses coupes en brosse et ses scouts de france qui distribuent du muguet le 1er mai.

Ce même directeur qui répond à mes parents: “je ne peux rien faire, c’est un fils d’avocat” (par miséricorde, je vous épargne son nom dont je me souviens).

Être juif pour moi c’est donc commencer la prise de conscience par une souffrance. Mon père, suite à cet incident entreprit de me parler.

Aujourd’hui, que j’ai fait techouva, son explication prend un sens incroyablement profond. Il me dit: “regarde ton zizi, il est différent de tous les autres, comme le mien, c’est ça être juif ».

L’alliance, la brit, qui fait de nous depuis Abraham les enfants d’une souffrance physique et de la volonté divine de faire nous des êtres différents, singuliers, profonds, graves, responsables. De soi, des autres, de la cité, de la nation, de nos descendants.

Être juif c’est un héritage et une responsabilité.

L’héritage d’Abraham : la bonté ;

d’Isaac : la rigueur ;

de Jacob : la sagesse ;

de Joseph: les rêves de réussite et l’ascenseur social ;

de Moïse : la vision ;

d’Aaron : l’amour du prochain ;

de David : le combat ;

de Salomon : la paix.

Nos pères nous ont transmis ces valeurs, et D.ieu nous a transmis ses commandements, sa Torah. Une Torah qui consacre le respect et la crainte des parents au plus haut niveau mais qui nous demande de nous souvenir qu’il nous a fait sortit d’Egypte. De l’étroitesse de l’idôlatrie. Pour s’en aller conquérir la liberté, la terre promise, Israël.

Quarante ans dans le désert à penser la liberté, à panser les plaies de l’esclavage, à se souvenir qu’avoir été esclave en Egypte doit nous enjoindre à ne jamais traiter l’étranger comme un esclave mais comme un frère. Un frère dont l’altériié se voir dans son regard, disait Lévinas.

Israël que nos héros ont conquis en 1948, poussés par la flamme jamais éteintedes 6 millions d’âmes massacrés par la haine nazie.

Être juif, c’est tout ça et c’est aussi être français, républicains. C’est prier tous les Chabbats pour la République avec fierté à la demande de Haïm Korsia que je remercie de cet honneur, moi né en France d’une mère française née en tunisie mais parisienne jusqu’à la rafle du vel d’hiv dont elle réchappe par l’esprit de combat et de résistance de mes grands parents.

Né d’un père tunisien venu chercher fortune à Paris avec un seul but: aider ses parents tout simplement. Le 5ème commandement avant tous les autres.

C’est avoir été mû par son âme lorsque j’ai pris le chemin de la synagogue à son décès pour l’honorer, lui qui ne savait pas et qui mettait un disque à Pessah pour que nous comprenions.

Voilà Papa, je ne sais toujours pas grand chose, mais ne t’inquiète pas :

je suis juif et mes enfants aussi.

 

Le libre arbitre

Stephane Nessim Zibi

On naît juif avec l’alliance, la nomination ou la conversion.

Puis, avec nos parents, notre famille, nos amis nous évoluons au fil des traditions, des fêtes immuables et des tables de Chabbat qui rythment notre année, nos années. Le lien avec cette religion, qui est aussi un art de vivre, se fait de plus en plus fort avec le temps, jusqu’à devenir indispensable à notre équilibre.

En prenant de l’âge, nous pouvons observer qu’à chaque épreuve que nous vivons, qu’elle soit individuelle ou collective, notre foi grandit.

Nous nous sentons également de plus en plus proches des traditions dans ces épreuves, en de très rares cas nous pensons être trahis par D.ieu. Et nous en sortons renforcés, faisant ainsi perdurer sans doute, à notre modeste niveau, notre histoire.

En effet, toute épreuve où l’on se doit d’essayer ניסה de les surmonter, est suivie de miracles נסים. Ce n’est pas un hasard bien sûr qu’essayer et miracles s’écrivent presque de la même façon. Le Yod basculant de l’autre côté du Samekh comme un symbole de plus de la présence de la main de D.ieu qui peut faire basculer une situation… si nous le voulons.

Quoi de plus beau, au sein de notre religion remplie de dogmes et de règles, que la place centrale accordée au libre arbitre. Celui-ci, nous amène et nous amènera toujours à choisir de faire ou ne pas faire, avec, à chaque fois, ce lien fort et immuable qui nous différencie de tous les autres peuples.

On est juif dès que l’un des nôtres même un inconnu est touché dans son être, en difficulté personnelle ou dans le besoin. Tout comme nous sommes fiers d’apprendre qu’un Cohen ou un Goldman découvre un vaccin qui sauve la planète ou est reconnu comme la personnalité préférée d’un pays tout entier. On est juif et aussi citoyen en priant et en respectant la République qui nous protège.

On hait le juif parfois pour tout ce que je viens d’évoquer. Mais qu’importe, même s’il faut quotidiennement se défendre et dénoncer, nous existons et continuerons d’exister pour toutes ces raisons que l’on nait et on est juif.

Les peuples ottomans, romains, égyptiens, mayas, indiens et j’en passe, n’existent plus aujourd’hui tels qu’il ont été. Nous demeurons tels que nous avons été et l’on parle de nous comme si nous étions une « majorité » alors même que nous représentons 0,01% de la population mondiale.

C’est un fait unique tout sujet confondu.

Cette singularité est notre fierté, elle est également une grande responsabilité.

En maintenant nos traditions, en se sentant juif chaque jour plus fort aujourd’hui que la veille, avec la ferveur que nous avons en écrivant ces lignes,nous apportons une réponse cinglante à ceux qui nous haïssent et posons notre pierre à cet édifice, souvent fragilisé mais dont nous savons qu’il tiendra encore très longtemps.

 

Trouver la bonne question

Yohan S.

Peut-on séparer « Être » et « Juif » ?

“Le concept de l’être est le plus simple, le plus clair et en même temps le plus vide que l’humain puisse former. Il est impliqué dans tous nos raisonnements, dans tous nos jugements, dans toutes nos pensées et dans tous nos états de conscience. Nous sentons ce que c’est qu’être par le fait seul que nous sommes, que nous nous sentons agir ; nous concevons l’être par le fait seul que nous réfléchissons. Mais il nous est impossible d’expliquer ce que c’est que l’être. Et la raison en est simple, c’est que ce concept est plus clair que tous les autres et qu’il est impliqué dans tous. »

Source : http://www.cosmovisions.com/etre.htm

 Partant de ces quelques lignes sur l’être, le mot  juif qui suit vient parfaitement compléter ce terme.

« Être juif », c’est se poser des questions sur les réponses que nous avons déjà reçu au Mont Sinaï.

Pour conclure, la réponse est dans la question.

En espérant que chacun et chacune trouve les bonnes questions pour comprendre les bonnes réponses.

 

Des racines et des ailes

Yves Taieb

C’est quoi,  être juif ?
De prime abord,  je me suis dit que je ne savais pas.

Je suis juif, c’est comme ça.

Je suis juif et français, français et juif, fier d’être juif et français.

Fier aussi d’Israël et de sa remarquable réussite.

Mais cela  ne peut pas (se) suffire, évidemment.

Je me suis dit ensuite : c’est avoir des enfants juifs, puis, après une nouvelle réflexion, c’est surtout d’avoir des petits enfants juifs. C’est aussi ce que voulaient mes parents et mes grands-parents et leurs aïeux, j’en suis sûr.

Il doit bien y avoir  quelque chose de très fort et de très grand pour que cela fonctionne encore et encore, depuis plusieurs millénaires, génération après génération… Malgré les vexations, les interdictions de dire ou de faire, les interdictions d’exercer tel ou tel métier, d’aller à l’école prenant la seconde guerre mondiale, malgré la dhimmitude, l’inquisition, les pogroms, l’horreur de la destruction et de la Shoah, et à nouveau l’antisémitisme qui ne se cache plus ou rampant sous couvert d’antisionisme.

Alors, pourquoi nous obstiner à vouloir continuer à être et rester Juif et à le transmettre  ?

Car, que nous soyons religieux ou pas ou peu ou très peu, croyant ou pas, nous avons finalement été éduqués, élevés dans la tradition de nos ancêtres, transmise génération après génération et notamment : le respect de nos commandements transmis à l’humanité ; le respect de nos parents et de nos anciens ; le respect et le souci de l’autre, le partage et la solidarité, la charité ; l’éducation des enfants et la transmission de nos valeurs.

Je dis souvent à mes 3 enfants : « ma mission est la même que celle de mes parents. Vous donner des racines et des ailes ». Cela peut faire sourire, mais j’espère réussir et qu’ils le feront à leur tour.

Des racines pour ne jamais oublier d’où nous venons, ce que nous avons subi et qu’il nous faut être vigilants. La bête immonde est toujours prête à surgir à la moindre occasion.

Les TAIEB sont originaires de Constantine en Algérie (des membres de notre famille ont subi le terrible pogrom de 1934), et précédemment de Tunisie après avoir quitté la Turquie.
Dans les années 40, mes regrettés parents ont dû quitter l’école primaire parceque juifs. Un de mes arrières grand-pères a fait la guerre de 14-18 et a été décoré après la bataille des Dardanelles.

L’arriere grand-père maternel de mes enfants était un très grand Monsieur, héros de la seconde guerre mondiale, décoré des plus grandes médailles anglaises, américaines et françaises… La quasi-totalité de sa famille a malheureusement disparu dans les camps de concentration… Cela ne l’a pas empêché de reconstruire sa vie et une famille tout en créant et développant  des plus grandes agences de communication françaises après-guerre.

Des racines, mais aussi des ailes pour permettre à nos enfants d’être heureux, de s’épanouir, de s’envoler, construire…

Des ailes grâce à l’éducation, le maître mot. L’éducation à la maison, à l’école, au Talmud Torah, partout  et en permanence. L’éducation pour transmettre nos valeurs d’ouverture, de partage et de solidarité.

L’éducation pour continuer à porter à l’humanité notre message millénaire d’espoir, d’espérance et de résilience. Mais aussi de justice et d’équité comme  l’a écrit Theo Klein. Si nous sommes élus, ce n’est pas pour en retirer un quelconque privilège (comme notre histoire dramatique peut malheureusement en témoigner), mais pour avoir le privilège d’être « les guetteurs de ce monde, ceux qui avertissent et qui éclairent ».

Il est vrai que c’est souvent compliqué, complexe, difficile d’être juif en Diaspora. Mais c’est d’abord et surtout  une chance, un bonheur, un honneur et une fierté.

Les 5 pilliers

Zacharie Lahmi

Être juif c’est appartenir à une histoire collective, un destin commun, un peuple. Être juif ce n’est pas une religion, puisque ca ne dépend pas d’une foi, d’une croyance ou d’une pratique. Être juif est un état de fait, ce n’est pas un choix (à l’exception des convertis).

Les juifs sont les descendants des hébreux. L’histoire de la formation de ce peuple est écrite dans un livre, la Torah, qui est étudiée par ce peuple depuis des millénaires. La Torah n’est pas un code pénal comme les autres. Elle raconte une histoire. De ce récit, on y tire des enseignements.

La Torah nous apprend le chemin de l’identité humaine en quête de moralité. Le premier livre est universel, et l’ensemble à un message universel, tourné vers les nations. L’Homme est toujours le personnage principal. Et l’homme qui l’étudie en est le sujet. Le juif qui étudie la Torah étudie sa carte d’identité. Il y cherche le chemin pour exprimer le plus authentiquement son identité humaine, sa manière d’être Homme.

Avraham Infeld a identifié 5 pilliers qui permettent au Juif d’exprimer son judaïsme dans l’analogie de la table à 5 pieds (5-legged table):

1. La mémoire : le juif se souvient du Chabbat, pour se souvenir de la création. Il se souvient de la sortie d’Egypte pour se souvenir de la liberté, etc. Le juif n’étudie pas l’histoire, il la vit, et cherche à appliquer les leçons du passé dans son quotidien.

2. La famille : le juif se réfère aux 3 patriarches, les peres, et se place dans une lignée de transmission par le sang.

3. L’Alliance avec D.ieu: le peuple hébreu a rencontré D.ieu à un moment de son histoire, au pied du Mont Sinaï, et s’est vu confié une mission.

4. La Terre d’Israël : cette mission est donnée pour une terre précise, et même lorsqu’en dehors de la terre, les juifs du monde prient dans la même direction : vers la terre d’Israël.

5. L’Hébreu: La révélation et le dialogue entre D.ieu et le peuple juif se sont exprimés en hébreu, ainsi que toutes les prières, et aujourd’hui la vie du peuple.

Chaque juif se rattache à son héritage en choisissant, consciemment ou non un mix de ces 5 pilliers. Plus il en choisit, plus son identité juive sera exprimée fortement et transmise aux générations futures.

À travers le monde

Adam Bensimon

Demander « qu’est ce qu’être juif à un juif », est-ce une bonne idée ? N’allons nous pas recevoir que des points positifs ?

Est-ce l’objectif de ce projet ?

L’image que l’on a de soi est rarement celle que nous transmettons. Que pensent les personnes lorsque nous leurs demandons qu’est ce qu’être juif ? La réponse est différente à New-York ou à Paris, tout comme elle le sera dans le 17ème ou dans le 19e. Heureusement car des juifs il y en a des millions !

J’ai eu la chance de voyager en Europe, en Amérique et en Asie. J’ai pu poser cette question car j’étais souvent le seul juif.  Certaines personnes ne connaissaient pas le mot “juif “, d’autres étudiaient le Talmud sans faire le lien avec le judaïsme et d’autres connaissaient le judaïsme de part leurs cours d’Histoire uniquement. Pour eux “être juif” ne correspond donc pas à grand chose, si ce n’est qu’appartenir à une minorité qui a souffert au siècle dernier.  Quant à ceux qui connaissaient le judaïsme et des juifs, leurs retours étaient intéressants (parfois clichés, parfois fondés).

Voici les points qui sont régulièrement ressortis :

Les juifs aiment leurs communautés.

Ils sont solidaires entre eux mais pas avec les autres.

Les juifs sont attachés à leurs traditions.

Les juifs sont sionistes.

Il est quasiment impossible de devenir juif.

Les juifs n’aiment pas perdre (probablement car ils m’associaient à «être juif »)

Plutôt véridique…

Les juifs sont-ils solidaires qu’entre eux ?

Tous les juifs sont-ils sionistes ? Peut être… Chacun à sa façon?

Ce qui est sûr, cette question fait réfléchir, il n’existe et n’existera jamais « une » réponse à « être juif ». C’est peut être ça être juif, exister à sa façon sans avoir « une seule » réponse à ces questions.

« Ce sont deux juifs qui sont au bord de la mer. Ils sont allongés sur la plage, ils profitent du soleil pour bronzer. Ils dorment presque. Quand soudain Moshe réveille Samuel :

– Samuel ?

– Oui Moché ?

– La mer monte.

– Achète ! »

Être juif c’est peut être rigoler à cette blague…

Roméo et Juliette

Moadon – Auteur anonyme

Tout le monde connaît l’histoire de Roméo et Juliette. Cet amour impossible. L’amour moderne selon Shakespeare, sans barrière et tout puissant.

J’ai 8 ans. Mes parents sont juifs, leurs parents aussi, les parents de leurs parents aussi. Nous ne sommes pas religieux, mais traditionnalistes. On fait Chabbat à notre façon, deux prières, un repas, et un bon film le vendredi soir. Syna samedi matin et boutiques samedi après-midi. On fait toutes les fêtes, en famille. On va à l’école publique mais en colo juive. On ne mange pas vraiment casher, mais on ne mange pas de porc quand même, faut pas éxagérer.

J’ai 12 ans. Je fais ma Bat Mitzva. Je suis une femme religieusement, et un jour je serai une femme tout court. J’aurai un mari juif et des enfants, parce que c’est comme ça autour de moi, alors je ferai pareil.

J’ai 21 ans, je rentre dans la vie active. « Papa, Maman, je vais travailler tous les soirs, y compris les vendredis, c’est pas négociable, prochain Chabbat dans 9 mois. Et puis Rochachana non plus ça ne sera pas possible cette année, ni Kippour ». Ça me travaille. Surtout Kippour. Travailler à Kippour quelle histoire ! Et puis les vendredis aussi ça m’embête. J’adore le concept d’un soir tous réunis. L’année passe. Et finalement rien de tout ça ne m’affecte. Le temps en famille je le trouve à un autre moment. Et puis Kippour je peux demander pardon n’importe quand, ce qui compte c’est de continuer à être une bonne personne tous les jours. J’ai arrêté de pratiquer petit à petit, et ça ne me dérangeait pas. L’essentiel était toujours là, ma famille. Finalement le reste ne m’importe pas. Je ne crois plus en Dieu. J’y ai cru petite, parce qu’on me l’a appris, comme d’autres croient au Père-Noël, mais en y repensant aujourd’hui, je n’y crois plus non. Je crois à 7 commandements sur 10. Parce qu’ils correspondent à mes valeurs, le respect, l’honnêteté, mais je ne me sens pas concernée par ceux qui concernent Dieu. J’ai trié. Je me suis éloignée.

Jai 24 ans, je rencontre un goy. Je tombe amoureuse, on vit ensemble, je l’invite à faire Chabbat chez mes parents. Ils l’adorent. Mais mon père me dit « attention » , ma mère complète « tu choisis la complication ».La chaîne est brisée. Leur fille est assimilée. Ils me voient heureuse et finissent par accepter « de toute façon la religion se transmet par la mère, tes enfants seront juifs ».

J’ai 33 ans. Mes enfants m’accompagnent tous les vendredis soirs chez mes parents pour Chabbat, ils font toutes les fêtes juives, mangent du jambon, alluments les bougies de Hanouka, et posent la Hanoukia au pied du sapin de Noël. Mes enfants sont juifs, mais pas que.

Mes enfants connaîtront l’histoire et croiront ce qu’ils veulent. J’espère surtoutque mes enfants partageront les valeurs que mes parents m’ont transmises, et que j’essaye à mon tour de leur transmettre. Que ça passe par un vendredi soir en famille, ou par autre chose.

Mon mari aime ma religion, il s’est adapté très vite, connaît beaucoup de choses sur le sujet, adore voyager en Israël, et se sent intégré à cette communauté. Il a adopté la cuisine israélienne et marocaine, nos traditions, nos expressions, et il adore passer Chabbat avec nous.

Parfois le vendredi soir, mon frère et sa femme religieuse ne peuvent pas venir chez mes parents, parce que c’est Chabbat. Ma soeur et son mari religieux ne peuvent pas venir non plus, parce que c’est Chabbat. Mais mon mari, mes enfants et moi, nous sommes là toutes les semaines. Sauf quand on travaille le soir. Personne n’a raison ou tort dans cette histoire. On peut regretter que j’accepte de travailler le vendredi, comme on peut regretter que la religion nous empêche d’être réunis. Chacun ses croyances, chacun ses choix.

Alors quand on me demande ce que c’est être juif, je ne sais pas quoi répondre. Je ne voulais pas écrire de texte d’ailleurs. C’est une religion c’est sur, mais je suis pourtant juive sans la pratiquer. C’est une éducation, sûrement, mais les convertis alors? Une communauté? Oui, même plusieurs, mais ce n’est pas propre au judaïsme. Chacun sa réponse, sa vision, sa vérité. Moi je sais qu’en ne croyant plus en Dieu, et en épousant un non juif, je suis restée juive.

Dans Roméo et Juliette l’amour est impossible car les familles se détestent.

Ici pas de haine, mais peut-être de la peur. La peur de l’assimilation. La peur de l’inconnu. La peur de la différence. La peur de casser la chaîne. La peur de faire différement.

Mais qu’en est-il de la fierté de voir son enfant aimer et être aimé?

Et la fierté de voir son enfant constuire une famille à son tour, en transmettant les mêmes valeurs, peut-être même enrichies par la différence du Papa.

À toi, parent, qui vivras peut-être cela avec ton enfant,

j’espère que tu auras l’ouverture d’esprit de mes parents, que tu sauras regarder au bon endroit et soutenir ton enfant.

À toi, homme ou femme qui tomberas peut-être amoureux ou amoureuse différement de ce qu’on t’a appris, j’espère que tu sauras écouter ton cœur et faire le bon choix pour toi.

Comme dit Grand Corps Malade, un de mes artistes préférés :

Juliette et Roméo changent l’histoire et se tirent

À croire qu’ils s’aiment plus à la vie qu’à la mort

Pas de fiole de cyanure, n’en déplaise à Shakespeare

Car l’amour a ses horizons que les poisons ignorent.

 …

Une mère juive

Moadon – Anonyme

Être juif c’est avoir une mère juive ; ma mère est juive, alors je suis juif. Point. Facile, trop facile, non ? Oui, mais c’est la définition universelle, la plus courante, la seule qui vaille, reconnue par tous, depuis toujours.

Vraiment ?

Déjà reconnaissons qu’une définition qui repose sur le passé, sur un héritage, sur une certaine passivité, ce n’est pas très satisfaisant. Mais peut-on vraiment faire autrement ? Nous le verrons plus tard.

Mais pourquoi la mère ? Pourquoi pas le père ? Ou les deux parents ? Ou les grands-parents ? On l’un des quatre grands-parents ?

On a bien connu à d’autres époques d’autres définitions.

Aux temps bibliques on héritait de sa condition de juif, d’hébreu par son père.

Les nazis ont déclaré juifs tous ceux qui avaient un grand parent juif. Ils voulaient ratisser le plus large possible.

En Israël pour bénéficier du droit de retour un grand parent juif suffisait.

Aujourd’hui dans certaines communautés libérales (largement majoritaires aux USA et regroupant plusieurs millions de personnes) un père ou une mère juive suffit à être reconnu juif.

Dans d’autres communautés plus orthodoxes dans le cadre d’une conversion on opère un distinguo entre un non-juif de deux parents non juifs qui veut se convertir et un non juif car de mère non juive, mais de père juif. On a même consacré un nouveau vocable et on parle plutôt de « régularisation » que de conversion.

On voit donc que cette règle, certes simple, « être juif = avoir une mère juive », ne va pas nécessairement de soi, et n’a pas été en vigueur à toutes les époques et en toutes les circonstances.

Mais elle reste la définition la plus courante et la plus facile à appliquer. C’est simple et sans équivoque. Du coup ce n’est pas très juif ! D’habitude c’est plus compliqué et bourré d’interrogations, de contradictions, de paradoxes.

Les petits-enfants

Moadon – Anonyme

Avoir des petits enfants juifs, c’est ça être juif.

Voici une définition qui plaît énormément. Elle inverse les choses.

On n’est plus dans l’héritage mais plutôt dans la transmission.

Et c’est l’un des points fondamentaux du judaïsme. « Tu le raconteras et tu l’enseigneras à tes enfants » : ce que nous lisons durant le seder de Pessah.

Mais…

Je n’ai pas encore de petits enfants, je ne sais donc pas si je suis juif.

Donc jusqu’à 50 ou 60 ans je ne sais pas si je suis juif.

Spécial, non ?

Puis je deviens grand parent et j’observe mes petits enfants, sont-ils juifs ?

On ne le sait pas, on le saura lorsqu’ils seront à leur tour grands-parents.

Mais à ce moment là je ne serai plus de ce monde.

Donc jusqu’à ma mort je ne saurai pas si je suis juif.

Bizarre, non ?

Et ce sera la même chose pour mes petits enfants et ainsi de suite pour toutes les générations.

On agit tous les jours, on transmet, on raconte, on vibre et on n’est jamais fixé. Une quête éternelle sans fin. Un questionnement sans jamais de réponse.

Et bien voilà une définition du judaïsme.

Qu’est-ce qu’être juif ?

Questionner, s’interroger sans jamais avoir de réponse définitive.

Très belle définition, très « juive », mais pas facile à appliquer. Impossible.

Les mitzvot

Moadon – Anonyme

Être juif, c’est accomplir les mitzvot.

Voilà une définition assez courante, répandue, employée par de nombreux rabbins.

Quelles mitzvot ? La plupart du temps au sein des synagogues, lors de bar ou bat-mitzva, de la part des rabbins ou des présidents de communauté on entend : fréquenter la synagogue, respecter le Chabbat (c’est-à-dire ne pas allumer le feu, la lumière, ne pas prendre la voiture, le métro, ne pas travailler, ne pas faire ses courses, ne pas porter,… ), mettre ses tefilines, etc…

Bien entendu tout ceci est à faire, mais cela suffit-il à définir un juif ?

Prenons l’analogie d’un match de foot ou de n’importe quel sport. Avant de jouer il est recommandé de faire un échauffement. Se mettre en condition, éviter les blessures, entrer dans son match, être chaud, prêt à foncer.

Ces mitzvot qu’on a évoqué c’est l’échauffement. Quand on s’est rendu à la synagogue pour prier, quand on a enfilé son tsitsit katan ou mis ses téfilines le matin on a fait son échauffement, c’est très bien. Mais attention on n’a pas encore commencé le match, on n’a pas joué. Maintenant il s’agit de rentrer sur le terrain et de se donner à fond. Bien se comporter avec autrui, se montrer solidaire, généreux, ouvert aux autres, droit dans ses affaires, honnête, franc, etc… Il est ici le match à gagner.

Mais peut-on jouer sans s’échauffer ? Franchement ce n’est pas recommandé. Certains, surtout les jeunes, peuvent jouer sans s’échauffer et faire quand même un bon match. Mais à partir d’un certain d’âge c’est impossible et à partir d’un certain niveau, notamment chez les pros, l’échauffement est obligatoire car il limite le risque de blessures et permet de rentrer dans le match beaucoup plus facilement et rapidement.

Alors être juif c’est accomplir des mitzvot ? Pourquoi pas, mais ne pas s’arrêter à certaines pratiques religieuses, à certains rituels qui ne sont qu’une première partie de ce qu’on attend d’un « bon juif », d’un « honnête homme ».

Traverser le fleuve

Moadon – Anonyme

Être juif, C’est traverser le fleuve, c’est passer sur l’autre rive.

Abraham nous a montré la voie. Il a tout abandonné, sa famille, son père, son éducation, ses idoles, sa terre et il a traversé le fleuve, il est allé de l’autre côté, sur l’autre rive, découvrir de nouveaux horizons totalement méconnus.

Le plus grand aventurier et révolutionnaire de tous les temps. Un hébreu.

Un Ivrit. De la racine du verbe « passer » en hébreu. Il est passé de l’autre côté.

Il ne l’a pas fait que pour lui, c’est aussi un « passeur », il va transmettre sa nouvelle foi, son nouveau mode de vie à ses enfants, à ses petits enfants et les enfants de son petit fils Jacob donneront naissance aux douze tribus d’Israël, au peuple hébreu.

Alors être juif n’est-ce pas être un révolutionnaire ? Un transgresseur ? Quelqu’un en mouvement physiquement et intellectuellement, un nomade, qui de plus a pour vocation à transmettre aux futures générations son message.

Jesus, Marx, Einstein, Freud,.. sont tous des juifs qui sont sortis des sentiers battus, emprunté des nouvelles voies pour la première fois, ils ont été révolutionnaires chacun dans son style, ils ont traversé le fleuve et ont accosté sur l’autre rive et ainsi ont contribué à changer le monde.

Alors qu’est-ce qu’être juif ? Être juif c’est transgresser, sortir du cadre, être un éclaireur pour les futures générations.

Noé ou Abraham ?

Moadon – Anonyme

Qui es-tu, Noé ou Abraham?

Retranché du monde, préservé ? Ou bien intégré, ouvert aux autres ?

Autrement dit, es-tu un juif « Arche de Noé » ou bien « Tente d’Abraham » ? Ou encore peut-on être juif et retranché du monde ? Ou au contraire peut-on être juif et le rester tout en étant intégré dans la cité, ouvert aux autres ?

Certains juifs se sont retranchés du monde, ils se sont isolés, mis volontairement dans des ghettos, ils vivent entre eux, peu ou pas connectés au monde extérieur. Les ultra orthodoxes, en Israël, aux US ou dans d’autres pays. Ils sont des millions, entre 3 et 4 millions (selon la façon de les comptabiliser) sur environ 15 millions de juifs au total dans le monde.

Ils ont choisi la tactique de l’Arche de Noé. Le repli défensif, auto-protecteur. On s’isole, on se préserve, on ne se mélange surtout pas, on respecte scrupuleusement les mitzvot, le monde tourne autour de D.ieu et c’est tout.

Certains pensent que c’est grâce à ces comportements que nous existons toujours, après des milliers d’années d’exil et de persécutions.

D’autres, au contraire, pensent tout à fait autrement, ils sont sur une position diamétralement opposée. Ils veulent s’intégrer dans le monde des nations, travailler avec des non-juifs, vivre dans des quartiers, des immeubles, mélangés aux autres personnes, aux autres religions, avoir des amis juifs et/ou non juifs, mais sans nécessairement s’assimiler et disparaître.

En restant aussi fidèles à leurs valeurs, à leurs ancêtres, mais en intégrant toute la modernité et la diversité du monde qui les entourent.

Ils sont, pour certains libéraux, pour d’autres traditionalistes.

Ils pensent qu’être juifs est synonyme d’ouverture, de tolérance, et donc adoptent l’attitude de la « Tente d’Abraham », une tente ouverte des quatre côtés, ou l’accueil de l’étranger est le leitmotiv et la bonté la clé de voûte.

Alors être juif ? C’est le repli communautaire pour se préserver et éviter l’assimilation ? Pas très courageux, pas très généreux, mais peut être plus réaliste, pragmatique, efficace pour transmettre et assurer la continuité de notre peuple ?

Ou alors être juif c’est l’ouverture, l’accueil de l’autre tout en sauvegardant son identité, ses valeurs, ses traditions; mais en s’ouvrant au monde environnant prendre le risque de se diluer, de s’assimiler et de disparaître ?

Alors qui es-tu ? Noé ou Abraham ?

Mais faut il nécessairement choisir?

Je ne pouvais raisonnablement terminer que par une question.

Répondre à une question par une autre question, c’est peut ça être juif!

Les crapauds fous

Moadon – Anonyme

Les crapauds vivent dans une zone et se reproduisent dans une autre.

Chaque année, de manière grégaire, tous migrent dans le même sens.

Lorsque nous construisons de nouvelles routes de travers, ils se font massivement écraser.

Sauf que….

Quelques uns vont dans l’autre sens (moins de 3%), ou trouvent les tunnels que des écologistes font creuser pour eux sous les routes.  Parce qu’ils s’avancent dans des directions non conventionnelles, ces crapauds fous inventent des voies d’avenir et sauvent l’espèce.

La survie de l’espèce passe par un changement de comportement et repose sur un tout petit nombre d”individus”.

Être juif ? C’est être un crapaud fou.

Vous vous rappelez du film d’Henri Verneuil « I comme Icare »?

L’expérience de Milgram était utilisée par les personnages. Une démonstration qui consiste à évaluer le degré d’obéissance d’un individu à une autorité qu’il juge légitime, même si cela va contre ses valeurs. Le processus de soumission est bien analysé ainsi que les problèmes de conscience posés au sujet.  Et nous savons que ce pourcentage d’obéissance, selon les expériences, peut atteindre les 92%.

Et bien, ici, nous nous intéressons aux 8% qui ne veulent pas obéir aveuglément, nous ciblons ces fameux crapaud fous. Ce sont les mêmes individus.

Et bien être juif, du moins je le rêve, je l’espère, je l’appelle de mes vœux, c’est faire partie de ces 8% ou de ces 3%, et de contribuer à sauver le monde, ou du moins à le réparer.

J’ai rencontré…

Raphy Bensimon

Il y a mille et une façons d’être juif.

J’ai rencontré, j’ai découvert tant de juifs divers durant ces 90 années.
Des juifs, des « monsieur tout le monde », qui auront des trajectoires tellement différentes fonction des circonstances, tout en restant toujours juif, mais en l’exprimant autrement, de façon singulière, chacun à sa façon.

Au Maroc, au mellah

Des juifs qui ne se posent aucune question d’identité ou de pratique religieuse. Ils vivent entre eux, depuis des siècles, dans des quartiers clos, se marient entre eux, souvent de la même ville, et quand ils rencontrent une fille ou un garçon de la ville voisine de 50 Km (par exemple Mazagan pour un fassi), alors c’est quasiment un mariage mixte.
Tous les juifs se ressemblent, ils sont tous marocains et pratiquants, attachés aux traditions, sans aucun excès, ou surenchère, dans la joie, la bonne humeur, une certaine décontraction, avec naturel. Une évidence. Tout est simple.

Au Maroc, avec l’arrivée de l’Alliance puis après l’indépendance

Mais tout va s’arrêter et s’emballer à une vitesse vertigineuse. Plus en 50 ans qu’en 500 ans auparavant.
Création de l’état d’Israël en 1948.
Fin du protectorat français en 1956.
La guerre des 6 jours en 1967.
Trois événements qui chacun entraînera de véritables déflagrations au sein de cette communauté juive, et ainsi la faire passer de 300 000 juifs (l’une des plus grandes communautés juives d’après guerre) à une poignée de quelques milliers de juifs, en 20 ans.

Que vont devenir tous mes copains?

Des juifs bien différents, mais toujours des juifs.
Beaucoup vont devenir rabbins. Le monde entier va venir puiser dans ce réservoir humain de grande qualité.
D’autres vont devenir avocats, médecins, pharmaciens, banquiers, hommes d’affaires, des métiers que très peu auparavant avaient pu exercer, n’ayant pas un accès naturel aux études. Le potentiel était là, mais pas les circonstances.
Nous assisterons à beaucoup de mariages mixtes (juif- non juif), mais la plupart des familles connaîtront une certaine vie juive, la poursuite de traditions, de rituels, des rendez-vous familiaux.

D’autres encore seront professeurs, instituteurs, éducateurs ou bien cadrescommunautaires. La plupart seront des juifs traditionnels. Je ferai partie de ceux là.

En France, aux EEIF

Aux EEIF, Éclaireuses et éclaireurs israélites de France, je vais découvrir d’autres juifs, ou plutôt je vais côtoyer les israélites de France. Pour la plupart ce sont des survivants de la Shoah. Certains, rescapés des camps, pas les plus nombreux, la plupart aux EI dans les années 60 ont été des enfants cachés. Ils ont tous mon âge, ils sont tous juifs comme moi, mais ils sont tellement différents. On devient très vite proches, amis. Une grande complicité. Notre point commun: l’éducation, la transmission. Nous n’avons pas vécu la même histoire, les mêmes aventures, nos expériences sont donc complémentaires et réunies par cette volonté, cette quasi obsession de transmettre. Pour ces survivants, une nécessité vitale.

Pour ces israélites leur devise est la suivante: Juifs à l’intérieur (à la maison) et français à l’extérieur. Ça va vite évoluer…

Les enfants dont nous nous occupons sont pour la plupart les enfants de familles juives françaises aux pratiques religieuses  peu prononcées, mais avec une conscience juive forte, intacte. Se mélangent à ce public naturel les enfants des familles de rapatriés, les pieds noirs, les juifs venus d’Algérie en 1962, puis progressivement ceux arrivés du Maroc puis de Tunisie.

Un mélange va naître avec ces ashkénazes et ces séfarades. Nombre de mariages mixtes vont se produire. Cette mixité est nouvelle, elle est magnifique. Pas toujours facile au début, des mondes si différents vont se côtoyer, alors que quelques années auparavant aucune de ces communautés ne connaissaient l’existence même de ces autres juifs. Avec tous les préjugés que vous connaissez. Et même un certain racisme. Cela n’a duré que quelques années. Toutes ces sottises n’ont pas résisté longtemps à l’épreuve des faits. Tous des juifs, les mêmes fêtes, la même histoire, les mêmes ancêtres, le même peuple. Si différents et pourtant de la même famille.

Au FSJU : Fonds Social Juif Unifié

Avec les CCVL, c’est la poursuite du travail d’éducation informelle et toujours ce public de plus en plus mixte, ashkénazes et séfarades. C’est aussi la gestion de l’après mai 68. Nombre de jeunes animateurs sont gauchistes, trotskistes, maoïstes (mais bien sûr juifs) et beaucoup vont devenir en quelques années des militants juifs convaincus, certains vont devenir religieux, même très religieux, orthodoxes, d’autres font faire leur alyah, beaucoup à Jérusalem.

J’ai côtoyé durant ces années, certes des juifs bien différents mais surtout j’ai observé des changement si radicaux de comportements. Une découverte qui devient une révélation. D’autres l’appellent « téchouva », un retour, une réponse. En tout état de cause beaucoup ont alors trouvé leur voie.

Puis à l’AUJF : Appel Juif Unifié

Ici les grands donateurs: beaucoup d’ashkénazes, beaucoup d’immigrés polonais, roumains ou russes… arrivés en France à la fin de la guerre, sans rien, sans un sou, ne parlant pas le français (juste le yiddish), certains rescapés des camps. Et pour ceux côtoyés, ces fameux grands donateurs, ils ont fait fortune grâce à un travail acharné, une force de caractère hors norme, une force démultipliée, une inventivité de tous les instants, aucune peur, pas d’ appréhension, prêts à relever tous les défis, à franchir tous les obstacles. Des personnalités.

Et tous, concernés par le peuple juif, par la communauté, généreux, solidaires, militants, engagés. Ce ne sont pas les rites ou les pratiques religieuses qui les réunissent, c’est plutôt ce sentiment d’appartenance à un peuple, et cette « dette » envers tous les disparus durant la Shoah. Un lien très fort aussi avec Israël. Tous des sionistes. Même s’ils vivent en France ou en Suisse plus tard.
La rencontre avec des menchs. Inoubliable. Encore une catégorie de juifs que je ne connaissais pas, que j’ai découvert. Des personnalités qui forcent le respect.

Des juifs en Israël

Durant toutes ces 40 années (1956 / 1995) j’ai voyagé en Israël à de multiples occasions, jusqu’à une dizaine de fois par an, et j’ai rencontré des israéliens si différents, encore des juifs que je ne connaissais pas vraiment.

De part mes responsabilités professionnelles, j’ai plutôt rencontré les israéliens « oubliés », les « laisser pour compte », le « second Israël ». Beaucoup dans les villes de développement, dont Nétivot, qui m’a fait citoyen d’honneur.

La plupart consécutivement aux vagues d’immigration (marocains, éthiopiens, russes,…). Des religieux, des traditionalistes, des familles nombreuses (plus 10 enfants étant monnaie courante). Nous avons aidé sur le plan social, mais surtout nous avons investi en formation et nous avons pu constater qu’en changeant les circonstances, en donnant certains moyens, l’accès à certaines écoles, aux savoirs, et bien les esprits les plus brillants, les plus innovants pouvaient sortir de ces milieux, de ces populations. Une victoire. Un espoir.

La Fondation Sacta-Rachi

Après ma retraite (65 ans en 1995) je commence une deuxième carrière.
Je rejoins la fondation Sacta-Rachi qui grâce à des moyens financiers conséquents et une détermination sans faille a impacté la société israélienne.
Vingt cinq années exceptionnelles au cours desquelles j’ai encore découvert des juifs divers et pu constater l’impact considérable de la solidarité, le rôle fondamental des fondations et la puissance du tissu associatif israélien si complémentaire de l’état.
Toujours les citoyens de « seconde zone », toujours les oubliés, les plusdéfavorisés, et encore ces miracles qui deviennent désormais « classiques » avec des enfants qu’on arrive à extraire de leur milieu, les faire accéder aux meilleurs cursus universitaires et embrasser des carrières professionnelles inimaginables pour eux.

Durant cette période et ce début de 21ème siècle j’assiste aussi aux prouesses de la start-up nation (sans y participer), j’éprouve comme beaucoup de la fierté, mais de part les domaines d’intervention de la fondation, je côtoie surtout la partie de la population laissée de côté, sur le bord de la route. Je vis, en aidant ces populations, cette fracture sociale. Elle fait mal. Elle est terrible, elle est choquante.

C’est sûrement l’enjeu majeur de la prochaine génération. Réconcilier ces deux parties du peuple. Ou plutôt ces multiples parties, fracturées, fragmentées, tel un puzzle à recomposer. Sur le plan social, économique bien sûr, mais également sur le plan religieux. Un véritable défi, mais qui comme tant d’autres auparavant, saura être relevé, j’en suis convaincu.

Alors en 90 années j’en ai côtoyé des juifs différents, tellement différents, chacun unique. Des juifs que je ne connaissais pas, que j’ai découvert, des juifs dont je ne soupçonnais même pas l’existence.
J’ai vu les divisions, les luttes entre juifs, le racisme au sein même des nôtres, j’ai vu la méfiance, le mépris, les sentiments de supériorité, etc…

Mais j’ai surtout vu de la solidarité, de l’entre aide, j’ai côtoyé des personnalités exceptionnelles, hors normes, qui à elles seules ont la capacité de changer le destin de milliers de personnes, par leur action, leur engagement, leur générosité. « Un homme qui a lui seul a pu changer la destinée de centaines de milliers de personnes », telle sera l’introduction du président de l’état d’Israël lors de son discours pour la cérémonie clôturant l’enterrement du fondateur de cette fondation si exceptionnelle.

Cette force sans limite d’un peuple qui sait se monter uni, solidaire, dans certaines circonstances.

Je suis fier d’y avoir contribué modestement, mais avec détermination et inlassablement.

Ma façon d’être juif.

Les fêtes juives

André Bensimon

Célébrer les fêtes juives, c’est ça être juif.
Quelles sont nos fêtes ?

Les fêtes de Tichri: Roch Hachana, Kippour, Souccot et Simhat Torah
Hanouka
Pourim
Pessah
Chavouot

À chaque fête une ou plusieurs facettes du judaïsme sont mises en avant et donc à chaque fois une façon d’être juif. Passons les en revue et tâchons ainsi de répondre à la question.

LES FÊTES DE TICHRI

Durant les fêtes de Tichri, Roch Hachana, Kippour, Souccot, Simhat Torah, une notion est centrale et commune à ces fêtes. La Téchouva. Téchouva en hébreu vient du verbe “Lachouv”, retourner, revenir, rentrer. Cela évoque bien cette idée de retour, revenir à un point précis à partir duquel on se serait égaré. En quelque sorte une machine à remonter le temps. Téchouva en hébreu veut dire aussi “réponse”. Comme si la téchouva était une façon de répondre à un appel, un questionnement profond de celui qui s’est égaré.

Le judaïsme ne demande pas à l’homme d’atteindre la perfection, il sait qu’il est faillible, qu’il peut s’égarer, mais il l’invite à se retrouver. La porte de la téchouva reste toujours ouverte. Mais de quel retour parle t-on? Un retour vers D.ieu? Vers son prochain? Vers la Torah? Vers soi même? : Tout à la fois.
Cette idée est fondamentale dans le judaïsme, elle s’oppose à la conception fataliste dans l’antiquité. La téchouva: un anti- fatalisme.
Le contraire du “mektoub”, c’était écrit. C’est l’affirmation du libre arbitre, l’homme est maître de son destin, qui jusqu’au dernier jour de sa vie, peut choisir entre faire le bien et le mal. La Torah affirme qu’à tout instant l’homme peut réparer des actes qu’il a commis dans le passé, s’amender, effacer sa faute.

Qu’est ce qu’être juif? Quelque soit son niveau de pratique religieuse, c’est cette conviction qu’en chaque juif il existe cette étincelle éternelle « divine » prête à se rallumer. À chacun de le décider.

HANOUKA

La Judée en -164 avant notre ère, les grecs ont envahi la Judée.
Chaque jour plus nombreux sont les juifs qui abandonnent leurs traditions; un phénomène d’assimilation est en cours. Les grecs s’emparent du Temple et déclenchent une révolte des juifs qui sont restés fidèles à leurs traditions.

Puis tout le monde connaît l’histoire et le miracle de la fiole d’huile qui a duré 8 jours. C’est la victoire de la petite armée contre la prestigieuse et puissante armée grecque.

Mais à Hanouka, ce sont ni la guerre, ni le martyr qui ont été sacralisés, mais la victoire de la Torah, victoire de la lumière sur l’intolérance, la victoire du respect de la tradition contre l’assimilation.

Le peuple d’Israël était présent sur sa terre, il n’était pas exilé en Grèce.
En effet il ne s’agit pas ici d’un exil d’ordre géographique mais bel et bien d’un exil spirituel. La domination hellénistique sur Israël était telle qu’elle engendrait une altération profonde de la société juive et un phénomène d’assimilation. L’adoption de la culture grecque éloignait les juifs de la Torah. La révolte des hasmonéens c’est la révolte contre la domination grecque.

À Hanouka nous plaçons la hanoukia devant la fenêtre, sur la lisière entre l’intime et le domaine public. Il ne s’agit pas d’aller placer la hanoukia à l’extérieur pour qu’elle soit vue de tous. Il faut que la lumière parte de l’intérieur.

Il n’y a pas seulement un message pour les autres, il y a aussi un message pour nous. Un moment où on fait un lien entre nous et l’extérieur. Cette lumière là est cachée en nous, on va d’abord l’allumer en nous, pour nous, par nous et ensuite la tourner vers l’extérieur.

Le symbole ?
Il s’agit ici d’une notion plus large qui dépasse le cadre de Hanouka, il s’agit de la posture existentielle du juif dans le monde. Le peuple juif s’est auto défini comme « la lumière des nations », un peuple de prêtres pour le compte de l’humanité. Il s’agit d’apporter une lumière, celle de l’intellect, de la raison mais aussi celle de la spiritualité, un message d’espoir.

Voilà donc ce qu’être juif, lutter contre l’assimilation et éclairer le monde.

POURIM

Tout le monde connaît l’histoire de la reine Esther qui nous est contée à Pourim. Il a très longtemps en Perse, la belle reine Esther a sauvé les juifs de l’extermination programmée par le méchant Aman.

Le hasard:
Dans ce livre biblique, D.ieu est absent ; son nom n’est jamais cité, du moins en apparence. Le nom d’Esther signifie d’ailleurs: caché.

Si D.ieu est présent, il avance masqué, dissimulé sous les traits du hasard.
Si les juifs sont sauvés du massacre, c’est grâce à une série, une succession de coïncidences, de hasards providentiels. Le sort est si important que c’est le nom même de la fête, en effet Pourim veut dire « sorts » (Pour veut dire sort ; Pourim au pluriel). Aman avait tiré au sort la date de l’extermination des juifs. Ce conte des mille et une nuits nous incite à réfléchir à un monde livré au hasard, du fait de l’absence de D.ieu.
Même si D.ieu semble absent du monde, il ne faut pas désespérer, le bien finit par triompher sur le mal, si nous savons rester vigilants (comme Mardochée) et prendre notre destin en mains (comme Esther) et ne pas nous dérober à nos responsabilités.

L’antisémitisme :
Un seul projet habite Aman: détruire les juifs, une obsession chez lui.
Aman le tyran fou est le descendant direct d’Amalek, l’archétype biblique des persécuteurs ; à peine les Hébreux sortis d’Égypte, il se jette sur eux avec son armée pour les exterminer. Malheureusement, Aman sera suivi dans l’histoire d’autres tyrans fous, obsédés eux aussi par l’extermination des juifs.

Le récit d’Esther décrit ainsi avec une étonnante anticipation la condition des juifs en exil au milieu des nations jusqu’à nos jours.
Cet enseignement est si important que c’est le seul texte avec la Torah, qui doit être écrit à la plume sur un parchemin enroulé comme un Sefer Torah ; d’où son nom la Meguila d’Esther qui veut dire rouleau.
L’homme aura beau confondre, brouiller les pistes, se travestir, ou bien s’en remettre au sort, il existe un ordre transcendant, un ordre divin que même s’il ne nous apparaît pas clairement s’impose au monde par-delà son apparent désordre. Ni la force, ni la ruse, ni la dissimulation, le pouvoir, la politique ne peuvent rien contre lui, pour autant que les hommes et les femmes sachent prendre leur destin en mains.

Qu’est ce qu’être juif? C’est prendre son destin entre ses mains.

PESSAH

À l’occasion de Pessah, j’ai pensé opportun de me poser la question éternelle et archi classique « qu’est ce qu’être juif ? ». La question existentielle.

Mais pourquoi se poser cette question à l’occasion de Pessah ?

Tout d’abord se poser des questions est le fondement même, l’essence de cette fête. Alors pourquoi ne pas se poser celle là?

Mais surtout….

Pessah est la fête à partir de laquelle tout va démarrer. C’est la fête de la liberté, de la pédagogie et de la transmission. Donc une excellente occasion de se poser cette question si essentielle.

D’ailleurs ne pourrait-on pas répondre à la question « qu’est ce qu’être juif » par « être juif c’est célébrer Pessah » ?

En effet c’est célébrer la liberté (la sortie d’Egypte), la constitution d’un peuple, le don de la Torah, mais c’est aussi s’adresser aux enfants avec cette préoccupation centrale durant toute la fête, les intéresser, les captiver, attirer leur attention, les mettre au centre de la soirée. Pourquoi ? Parce que nous devons transmettre, « tu enseigneras à tes enfants », c’est l’obsession, le leitmotiv de la soirée, de la fête.

Enfin, Pessah c’est le questionnement permanent. La force des questions. Aiguiser la curiosité, inciter à interroger le texte, toujours se remettre en question, chaque année renouveler ses réflexions, lire certes le même texte mais toujours dans un contexte, une actualité différente, et donc en tirer de nouveaux enseignements. Une quête permanente.

Qu’est ce qu’être juif ?

Être juif c’est se questionner en permanence, se remettre en cause.

Être juif c’est être libre.

Être juif c’est faire partie d’un peuple, celui qui a reçu la Torah.

Être juif c’est transmettre à ses enfants, à ses petits enfants.

Bon CQFD être juif c’est célébrer Pessah.

CHAVOUOT

Chavouot c’est « le temps du don de la Torah », en hébreu « Zman matane Torah ». Quelle est la date de Chavouot dans le calendrier hébraïque?

La Bible ne nous répond pas avec une date précise, mais nous indique 50 jours après Pessah.
Nous ne pouvons recevoir la Torah que lorsque que Pessah est passée et après avoir attendu 50 jours. Le lendemain de 49 journées, de 7 semaines, 7 fois 7 jours.

Pour recevoir la Torah il faut d’abord avoir été libéré, être un homme libre, puis passer un certain temps, 7 cycles de 7 jours, le 7 représentant un temps complet, fini (en se référant aux 7 jours de la création), de maturation, de réflexion pour être en mesure, en état de recevoir cette Torah.
Ainsi Chavouot est comme un supplément de Pessah. Pessah est synonyme de délivrance, de liberté. Oui à la liberté, mais pour quoi faire ?

La liberté n’a de sens que si elle est accompagnée, complétée par une volonté.
Certes les Hébreux étaient esclaves, ils ne voulaient plus travailler, être exploités, souffrir; mais que voulaient ils au delà de cet affranchissement ?
La Torah donne ainsi un sens, une direction, un but à la sortie d’Egypte.

Par un abus de langage courant nous mélangeons souvent deux notions bien distinctes pourtant : le don de la Torah et la réception de la Torah.
Matana et kabala.
A Chavouot, le 6 sivan, 50 jours après Pessah, la Torah nous a été donnée, comme un « cadeau », d’où le terme de Matane Torah. Et cette Torah a été donnée à tout le peuple, pas à Moïse ou Aaron, à tout le peuple réuni, à une collectivité, les « Bnei Israël », les enfants d’Israël.
Et il appartient maintenant à chaque individu de ce peuple et à tous leurs descendants de recevoir cette Torah. Chacun doit trouver sa part.

D’ailleurs ce n’est pas à Chavouot qu’on fête la « joie de la Torah », « Simhat Torah », mais quelques mois plus tard, le temps pour chacun de recevoir, percevoir cette Torah avant de s’en réjouir, de danser avec.
Chacun recevra la Torah avec sa sensibilité, sa personnalité, prendra le temps nécessaire, son propre temps. Ce n’est pas facile, pas immédiat, pas toujours naturel ou intuitif, alors chaque année nous commèmorons cet événement pour inciter encore et encore et toujours chacun à recevoir cette Torah.
La Torah est un cadeau fermé, il s’agit pour chacun de l’ouvrir et de le découvrir. Mais quand peut on dire qu’un homme a reçu la Torah ?

Qu’est ce qu’être juif? Rechercher sa liberté mais pour en faire n’importe quoi, pour donner un sens à sa vie; ouvrir, découvrir sans cesse cette « Torah » pour pouvoir s’engager concrètement dans une bonne direction, agir pour les autres, pour la collectivité.

On ne naît pas juif, on le devient…

 

« On ne naït pas juif, on le devient ». Je me souviens précisément du moment où cette maxime s’est présentée à moi et m’a frappée par son évidence. Elle sortait de la bouche d’un Mohel qui était venu en ce dimanche matin circoncire mon deuxième fils Ethan, qui malgré son prénom et son prépuce ne serait vraisemblablement jamais juif, sa mère ne l’étant pas. Cela n’avait pas fait sourciller le Mohel qui restait goguenard en prononçant ces mots qui allaient me suivre toute ma vie. Je l’avais d’ailleurs qualifié de Joyeux Mohel, d’abord parce qu’il était d’un caractère jovial et ensuite parce que mon fils étant né en décembre, un sapin trônait lui aussi au milieu du salon en ce jour béni de tous les saints toutes confessions confondues.

 

Je n’ai jamais été très religieux, du moins pas de la façon dont certains membres de ma famille, oncles ou cousins l’entendaient. Mon père était un érudit, tendance Descartes avec spécialisation en littérature française, Latin, Grec puis Hébreu et Sanskrit, qui avait un grand respect pour l’idée religieuse mais moins pour sa pratique. De fait, en descendant légitime, je me suis toujours abrité derrière l’étymologie du mot religion – religio, je relie – pour rejeter une conception de la religion qui exclue plus qu’elle ne relie, celui qui n’est pas de ma confession ou, pis encore, celui qui ne la pratique pas comme moi. Ma foi, consiste à croire en des valeurs, en l’humain et en l’échange merveilleux qui se produit quand plusieurs individus de perspectives et d’origines différentes construisent ensemble. Selon ma définition, je suis religieux parce que relié. A ma communauté et au monde.

 

J’ai rejoint la Lentille parmi ses premiers membres, avec le souhait d’échanger avec des gens sympathiques qui n’étaient pas (tout à fait) de mes cercles et partageaient avec moi un goût prononcé pour la communication, la pkeila, les vannes, et l’idée révolutionnaire d’un couscous du millénaire sur la Place de la Concorde le 31 décembre 1999 (c’était un vendredi et le lieu élu était mythique depuis juillet de l’année précédente). J’ai quitté ce même groupe un peu plus tard, sans doute parce que je me sentais différent au sein d’un groupe qui dans ma perception, ne me permettait pas de l’être. Avant d’y revenir sous un émouvant « Michael est de retour » …

 

Ce qui me fait réfléchir à pourquoi je m’y sens de nouveau à mon aise. Qu’est-ce qu’être Lentillais et derrière cette question anodine, qu’est-ce qu’être juif ? Ce que je partage avec les autres membres ?  Un certain sens de l’humour et de l’autodérision, une curiosité pour tout, la passion, une capacité innée à répondre à une question par deux questions de plus, la conviction intime qu’un petit groupe uni qui respecte les différences de chacun peut-être d’une force sans limite, que le miracle humain est possible même au milieu du désert et la volonté farouche que le Front national quel que soit son nom d’emprunt ou le prénom du Le Pen de service ne passe jamais.

 

Je suis un juif de Kippour, un juif d’un shabbat sur 3 ou 4, un juif « juste des matsots » de Pessah, un juif d’un des soirs de Roch Hashana, un juif d’Ancelle passé à Copernic mais en fait et finalement bien un juif. Je crois qu’il n’y a plus de doute en mon esprit.

 

Je sais pourtant que cette interrogation qui se lève peu à peu poursuivra les générations suivantes. Mon premier fils, Julian, 6 ans à l’époque, de retour de son école primaire du 17ème arrondissement (qui pour certains fait partie des territoires occupés) me posa cette question troublante lors d’un déjeuner : « papa, je suis quoi moi ? juif ou avec l’homme qui est accroché à sa croix ? » Je rentrais dans une explication dont je savais que je ne me sortirai pas indemne « dans la religion juive, c’est la maman qui donne la religion et ta mère n’est pas juive ; dans la religion catholique, le père donne la religion et ton père est juif…donc techniquement, tu n’es rien ou tu peux être ce que tu veux » Cela n’eut pas l’air de le désarçonner plus que cela « ah, ben alors dans ce cas, je préfère être juif ! ». Très fier de cette réponse qu’il avait réussi à trouver bien avant moi, j’osais un « pourquoi ? » : « parce qu’à la cantine quand il y a du porc, si on est juif on peut avoir du veau, et moi, j’aime mieux le veau » … voilà bien un angle dont on ne parle pas assez dans les synagogues. Peut-être l’autre côté du veau d’or ?

49 textes

Moadon – Auteur anonyme

Pourquoi 49 textes ?

49: Un chiffre bien spécifique dans notre tradition.

49 = 7×7

Sept cycles de sept jours. Le sept représente un temps complet, fini, en se référant aux sept jours de la création. D.ieu crée le monde en six jours et se « repose » le septième jour. Et c’est lorsque ce repos est terminé que le temps complet est fini. Six jours pour faire ou pour avoir et un jour pour être, pour réfléchir. Un cycle complet.

Et nous sommes ici avec sept cycles complets. Le temps exact qui sépare Pessah de Chavouot. Il faut d’abord avoir été libéré, devenir un homme libre, puis passer un certain temps dans le désert, sept cycles de sept jours de maturation, de réflexion, pour être en mesure de recevoir la Torah (le fête de Chavouot).

Pessah est synonyme de liberté. Soit. Libre ok, mais pour quoi faire?

La liberté n’a de sens qui si elle accompagnée, complétée par une volonté.

Certes les hébreux étaient esclaves, ils ne voulaient plus travailler, être exploiter, souffrir; mais que voulaient ils au delà de cet affranchissement?

Et bien, la Torah donne ainsi un sens, une direction, un but à la sortie d’Egypte. Ce chiffre 49 est donc un espace de temps complet qui permet de passer d’un stade à un autre, de se transformer, de donner du sens.

Et que s’est il passé le 50ème jour? Les Bnei Israël, le peuple juif reçoivent la Torah. Un trésor inépuisable. Un infini.

Et bien après la lecture de ces 49 textes, vous avez alors la possibilité ou l’envie d’écrire le 50ème, d’accéder au delà du réel, du concret. D’entrer dans votre infini.

Bonne écriture. Bon voyage.

L’éternel cycle de la vie

Par Leah Houbani

Il y a tant d’éléments de réponse à donner à la question

« Qu’est ce qu’être juif ? ». Probablement autant de réponses diverses et variées que nous sommes de juifs sur terre.

Mais pour répondre à cette question si profonde, j’ai tenté l’experience suivante : fermer mes yeux quelques secondes et me concentrer sur moi même: pour moi, Léa, de façon très personnelle, qu’est ce qu’être juive ?

Une multitude d’éléments me viennent à l’esprit… pour finalement ressentir deux notions qui pour moi sortent clairement du lot, et qui définissent de façon très intime et personnelle les valeurs les plus fortes de « mon » judaïsme.

La première est le sentiment très fort d’appartenance à un peuple, à une communauté. Présentez moi quelqu’un qui paraîtrait être mon parfait opposé sur tous les plans: un individu venant d’une tribu très lointaine, d’une tout autre civilisation ?! Si cette personne est juive – et que cela compte pour elle- , alors je me sentirai automatiquement proche de cette personne, tout comme en famille.

Ce sentiment d’appartenance à une communauté est si important, qu’il me rend plus forte, me rassure, car il me donne l’impression que je ne serai jamais seule, et que je serai quoi qu’il arrive toujours entourée, par un peuple qui me considérera comme sa fille, sa sœur, avec toute l’entre-aide, l’amour, la bienveillance et la protection que l’on peut porter à un membre de sa famille.

Ce n’est pas pour rien que nous parlons depuis des milliers d’années des « enfants d’Israël ». Nous sommes tous et toutes ces enfants là, et cette fraternité entre nous qui nous caractérise tant me rend extrêmement fière et admirative, et fait ainsi partie intégrante de « mon judaïsme ».

La deuxième notion qui définit incontestablement ma façon de me sentir juive, est la notion de transmission. Si je place cette idée en seconde, c’est parce qu’elle n’est apparue qu’au moment où je suis devenue maman, alors que la première idée je la ressens depuis ma plus tendre enfance, très probablement parce qu’elle m’a été transmise… Les deux idées feraient donc alors partie d’un éternel cycle de la vie !

J’oserais presque dire « je transmets donc je suis ». Transmettre l’histoire, les valeurs, les pratiques, les commentaires, les commandements, les coutumes de notre belle religion, est une « mission » qui m’anime au quotidien. Je vois presque cela comme un devoir. Le plus agréable, le plus plaisant, le plus gratifiant, le plus satisfaisant des devoirs que je n’ai jamais eu.

Chaque nouvelle petite notion inculquée à mes enfants me remplit de joie et de  fierté. Je me sens entièrement responsable de leur savoir et de leur attitude en tant que juifs. Il m’est donc vital d’être une maman active dans la transmission du judaïsme à ses enfants.

Ce qui vient des parents est selon moi très différent de ce qui peut venir de l’école ou du Talmud Torah. Ce qui vient des parents vient du cœur, et j’ai la sensation que sans cet amour, les enfants connaîtront peut être beaucoup de choses sur notre religion, mais que ces connaissances resteront machinales et détachées. J’ai la sensation que je suis responsable de l’amour que mes enfants porteront à leur religion et à sa pratique.

Une grande famille

Par Edgar Madar

Cette question classique et récurrente « qu’est ce qu’être juif » prend l’allure d’un vrai défi pour qui tenterait de la réduire à une réponse trop générale ou trop simpliste. Car s’il est admis que la Torah, fondement de la religion juive est  considérée comme « une et  indivisible », il n’en est pas du tout de même de toutes les définitions ou composantes qui se rapportent au juif.

Tout le monde sait qu’un juif peut se reconnaître comme tel de multiples façons et sous différents angles de vue.  À commencer par sa façon d’adhérer ou pas aux notions de religion, culture, éducation, tradition de son pays d’origine, adhésion et support à Israël, appartenance à un peuple et bien d’autres considérations encore qu’il serait ici trop long d’énumérer. Mais en vertu du dicton qui veut que d’une discussion entre deux juifs il y a souvent trois points de vue exprimés, on comprend aisément que peu de juifs acceptent de s’inscrire ou de se reconnaître dans une définition unique ou trop restreinte.

C’est la raison pour laquelle, à titre personnel, j’adhère volontiers à l’approche esquissée par Adin Steinsaltz, qui définit à juste titre le Judaïsme comme « Une Famille ». Pourquoi une famille? Parce que c’est la cellule de base, le terreau où viennent converger fondamentalement toutes les notions d’amour, de solidarité, d’éducation, de culture , de religion, de traditions, de transmission et de respect.  Elle n’exclut pas pour autant les différences de point de vue ou de sensibilité quelles qu’en soit la source en fonction des caractères multiples et des personnalités qui la composent. La notion de frères ennemis maintes fois  décrite dans la Torah n’explique t’elle pas déjà tout cela?

Je me permettrais simplement de rajouter ici les quelques enseignements qui m’ont été transmis par mon père (de mémoire bénite), et qui se réfèrent à la responsabilité individuelle et collective de chaque juif donc celle de chaque membre dans sa famille d’appartenance ou étendue: « Être juif c’est s’efforcer de maintenir en toutes circonstances et qu’elle que soient les contextes extérieurs ou intérieurs les nécessaires Chalom , tolérance et ouverture d’esprit entre tous les membres de la famille, celle qui s’élargit à l’ensemble des juifs ».

Avec en prime un grand secret de réussite également confié par mon père et qui se révèle être toujours très juste  : « Pour le Chalom de chacun , accepte toujours en famille de diminuer un peu de ton bon droit ».

Enfin être juif au niveau communautaire c’est donner et participer pour le bien et dans l’intérêt de tous. Donner pécuniairement bien sûr pour ceux qui le peuvent , mais donner plus encore de son temps, de son expérience, de sa réflexion et de son engagement désintéressé.   Mais tout ceci ne contribue t’il pas encore et toujours à l’entretien de l’esprit de famille?

 

 

 

 

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