Coup de gueule de rentrée

 
Contre qui ?
Personne en particulier.
Le système. L’époque. L’ère du temps.
 
J’adore Israël et les prouesses quasi miraculeuses de ce jeune pays. 75 années pour une succession innombrable d’exploits, d’innovations pour bâtir un pays des plus riches et des plus démocratiques du monde.
La start up nation.
Magnifique. Bravo. Admiratif. Fier.
 
Mais….
Ces 20 dernières années, en ce début de 21ème siècle, la trajectoire prise n’est pas la bonne. C’est même une impasse.
Pourquoi ?
Voici, selon une formule à l’emporte pièce, le diagnostic :
« Israël a généré 6 mille ultra riches et 6 millions de pauvres » ces deux dernières décennies.
Impensable, mais bien réel.
Le coût de la vie est devenu insupportable, irréel. Les monopoles de certaines familles historiques (une dizaine) sont invraisemblables. Une aberration, un braquage, une prise d’otages, une honte.
L’hyper libéralisme installé dans le pays est sauvage, brutal, sans amortisseurs. Pire encore, il cohabite avec des restes de structures administratives de type communiste, totalement archaïques et dépassées. Un mélange toxique, mortel.
Les israéliens sont surendettés. Toutes les expériences passées dans d’autres pays ont prouvé que cette vie à crédit se finit toujours en catastrophe et laisse des traces indélébiles tant sur la plan personnel que collectif.
La fin, l’issue est connue. Reste juste l’incertitude sur la date.
 
Nous sommes tellement loin des idéaux sionistes des bâtisseurs, des idéalistes, des utopistes, des communistes, des socialistes épris de liberté mais surtout de justice. Un monde nouveau, un monde meilleur, tant espéré.
Tellement loin des préceptes de notre Bible. Qu’est devenue la justice ?
« La justice juste » selon un passage de la Torah.
Alors les associations prennent la relève, comblent les lacunes de l’état, du système. Heureusement. Elles sont des milliers et elle effectuent un travail formidable, utile, vital.
Mais ce n’est pas satisfaisant. Nous ne pouvons pas nous en contenter.
 
Le système est parti à la dérive.
Alors il faut se réveiller, corriger. Sonner la révolte, à l’instar du Shofar de Roch Hachana. Réveiller les consciences. Éviter ainsi la révolution qui gronde et qui sera alors légitime.
 
Les meilleurs d’une génération désertent l’engagement public pour embrasser des carrières dans le privé, dans le commerce, dans le high-tech, dans les start up. Ce n’est plus possible. Stop à ces dérives. Stop à cette désertion. À ces erreurs d’aiguillage. Le futile a pris le pas sur l’essentiel.
 
Repensons les systèmes éducatifs, les échelles des valeurs. Remettons l’humain au centre des préoccupations. Revalorisons la fraternité, la justice, l’équité. Redonnons au collectif, au sens commun, ses lettre de noblesses. Faisons en sorte que les meilleurs d’une génération, celle de nos enfants, bifurquent différemment, reprennent les choses en mains, corrigent la trajectoire. Une urgence vitale. S’engagent pour le bien commun. S’engager pour faire de la politique au sens noble du terme. S’engager pour les autres. Mettre ses qualités hors normes au service de ses concitoyens. Arrêter le nombrilisme, l’égocentrisme, l’accumulation de richesses à titre individuel. Et on le sait, ces comportements n’apportent que malheur et désolation, même pour les intéressés ou leurs enfants.
 
Oui mais c’est ainsi dans tous les pays riches, occidentaux !
C’est vrai, la dérive est mondiale.
 
Mais Israël a un devoir encore plus grand que les autres nations. Une exigence plus haute. Un phare parmi les nations. Un éclaireur. Un pionnier. Telle est notre mission.
Une impérative exigence de justice, d’équité. Au cœur de notre tradition.
Notre ADN nous oblige.
Ne faillons pas à notre mission première. Existentielle.
 
Profitons des mois de Eloul et Tichri, ces périodes d’introspection puis de projection sur l’avenir, remplie de promesses pour s’engager individuellement et collectivement dans une voie plus vertueuse, qui nous permettra de sortir de l’impasse dans la quelle nous sommes entrés en ce début de 21ème siècle.
 
Chana Tova. Am Israël Haï.
Sur une route pavée de plus de justice.
Construisons une année meilleure.


André Bensimon